Arabe
English
 
 
 
 Histoire ancienne
 Histoire moderne
 Histoire revisitée
 Personnalités Amazighes
 Amazighophobie

 

Civilisation amazighe : La fête de Yennayer : pratiques et présages

"Ad ffghen iberkanen, ad kecmen imellalen". Par cet adage est annoncé le premier jour de l’an "ixef useggwas" ou yennayer dans certains villages de Kabylie. Ce moment marque la séparation entre deux cycles solaires, passage des journées courtes, "noires" aux journées longues, "blanches" est fêté dans la quasi totalité des régions du Nord de l’Afrique. Dans son livre (1929), "La femme chaouia de l’Aurès", Mathéa GAUDRY, citant E. MASQUERAY, rappelle que yennayer est appelé "Ass n Ferɛun". (le jour du Pharaon). Selon la légende, "les Chaouis fêtaient ce jour-là la mort du Pharaon tombé dans la mer". Cette évocation populaire qui se nourrirait de la victoire des Libyens sur l’Egypte et de l’installation du Roi Chechonq 1er au sommet de la 22e dynastie pharaonique en 950 av. JC. D’ailleurs, en 1968, l’Académie Berbère, l’association berbériste, fondée en 1966 par Mohand Arab BESSAOUD à Paris, porta son choix sur cette date qui devint le point de départ de l’actuel calendrier berbère. Inscrit dans le mouvement de la revendication identitaire berbère du XXe siècle, l’usage de ce calendrier reste emprunt d’une valeur fortement symbolique et permet aux Imazighen de passer du temps cyclique de la tradition et du vécu à un temps linéaire, historique.

Ce bref rappel nous permet de noter que, désormais, le calendrier berbère relève de deux temps, le temps historique, objet d’une connaissance événementielle et le temps sacré qui repose sur la réactualisation des mythes qui contribuent à la structure de la société. Décrire les pratiques liées à Yennayer et les représentations sociales de cette période de l’année nous permettra d’oublier un moment la dimension événementielle pour nous intéresser au vécu et la quotidienneté nord africaine.

La lumière et l’abondance :

La veille de yennayer les femmes se chargent de recouvrir les murs à la chaux "aruccu s tumlilt" et changent le trépied du feu (lkanun). Dans l’Aurès ce rituel se fait deux ou trois jours avant yennayer et porte le nom de "bu ini" (jour du trépied). Le nettoyage intensif se termine par un grand coup "d’emezzir" (balai de bruyère). Afin d’assurer l’abondance de la nouvelle année, on verse des céréales entre les jarres en terre (ikufan). Cette notion d’abondance souhaitée et préparée pour conjurer le sort se retrouve dans le repas de yennayer dont le mets principal reste le couscous de blé. Le recours à la semoule d’orge est, ce jour-là, banni n’est-elle pas noire et ne constitue-t-elle pas en temps ordinaire le repas du pauvre ?

Le couscous est préparé avec une sauce à base de légumes secs, selon les régions, on mélange deux à sept légumes (pois cassés, lentilles, fèves concassées "abiṣar", haricots blancs, cornilles ou doliques à oeil noir, pois chiches...) et l’incontournable volaille. D’une contrée à une autre on propose des explications différentes au choix de la volaille. Certains diront, par son chant matinal, le coq annonce la naissance de la lumière (le lever du jour), d’autres expliqueront, par ses œufs, la poule incarne la fécondité donc l’abondance. Les croyances populaires méditerranéennes nous apportent d’autres éclaircissements sur cette préférence vouée à la volaille. Par exemple les Grecs et les Romains auraient adopté le coq comme oiseau protecteur ce qui s’apparenterait à l’usage d’"asfel" (offrande) dans l’ensemble de l’Afrique du Nord.

Dans la préparation des autres mets qui accompagnent le couscous, les femmes en appellent toujours à la prospérité et à la profusion, aussi composent-elles "uftiyen" ou "ighrecmen", un mélange de céréales entières, passées à la vapeur ou grillées huilées, servies aux enfants le matin du 12 janvier (tasebit n yennayer) ou simplement jetées sur les arbres des jardins dans l’attente d’une bonne récolte. Selon les moyens dont disposent les familles, "uftiyen" sont complétés par un mélange de fruits secs disposés généreusement dans un plat en bois ou en terre mis sans restriction à la disposition des enfants. Dans la même journée de "amenzu n yennayer" (le premier jour de l’an), sont proposées plusieurs denrées à base de pâte qui lève ou qui s’étale, "lesfenǧ" ou "lemsmmen". Une pâte qui gonfle ou qui s’étend facilement annonce forcément une année riche et généreuse.


Les présages :

Le repas "imensi n yennayer" est servi dans le respect du nombre des membres de la famille élargie, on rajoute le couvert de l’absent, éventuellement "iminig" (le voyageur), la fille mariée et surtout du gardien de la demeure "aɛssas buxxam". La tradition exige que l’on ne vide pas les plats ce qui signifie que l’on ne doit pas avoir faim.

Dans la soirée, la maîtresse de maison dépose sur le toit quatre coupelles en terre remplies de sel représentant chacune les mois de yennayer, furar, meghres et yebrir (janvier, février, mars, avril). Au matin de la journée de yennayer, le niveau d’humidité du sel annonce un mois arrosé ou non. En ce jour de yennayer, la nature est fortement mise à contribution, elle est observée et écoutée, aucun geste ne doit la contrarier car elle est porteuse de "lfal" (le présage). Ainsi la femme kabyle ou tachaouit vérifie scrupuleusement ce qui se trouve sous les pierres qu’elle ramasse pour renouveler le trépied de son "kanun", la présence d’un ver blanc laisse entrevoir la naissance d’un garçon, une herbe verte signifie une moisson abondante, les fourmis symbolisent l’augmentation du bétail...
L’ensemble de ces éléments plus ou moins perpétués ou simplement conservés dans les récits témoignent du caractère agraire du calendrier berbère.


Malha BENBRAHIM
Historienne spécialiste de l’oralité.

Bibliographie :
- Gaudry M ; La femme chaouia de l’Aurès ; LOPG, Paris, 1929
- Mercier G. ; Le chaouia de l’Aurès : Mœurs et traditions de l’Aurès, Paris, 1896.
- Servier J. ; Tradition et civilisation berbères, les portes de l’année ; Ed. du Rocher, Paris, 1985


Auteur: Malha BENBRAHIM
Date : 2014-01-21


Suivez-nous sur Facebook
 

 
Communiquer
Partager sur Facebook avec vos amis-es
 
 
La plume de Malha BENBRAHIM
Envoyer l'article à un ami
Article lu 15194 fois

 

 

Les commentaires

Important :Prière de noter que les commentaires des lecteurs représentent les points de vue de leur auteurs et non pas d’AmazighWorld; et doivent respecter la déontologie, ne pas dépasser 6 à 10 lignes, critiquer les idées et non pas les personnes, êtres constructifs et non destructifs et dans le vif du sujet.

 

 
Votre commentaire ici :
Nom
Email (votre email ne sera pas affiché)
Titre
Commentaire
  Sécurité : copier le code suivant 6grmj56g ici :  
 
 

 

 
Marie est un nom amazigh
Le but de cette note est de prouver que ‘Marie’, le nom chrétien, est, en fait, amazigh.   Nous commençons par le nom d’une princesse égyptienne. Il s’agit de Mériamon. Le sens en est ‘L’aimée de dieu (ici, Amon)’. Il nous reste donc à trouver le sens de Meri, en liaison avec le verbe ‘aimer’. L’on sait que, dans l’écriture hiéroglyphique, il n’y avait pas de voyelles. Certainement, les écrits....... - - Auteur: Hha Oudadess - Date : 2017-07-31

 

 
Tamazgha, berceau de l’humanité
Les archéologues viennent de découvrir dans l’Adrar Ighoud, dans la région de Marrakech au Maroc, des restes humains vieux de plus de 300.000 ans, les plus anciens jamais trouvés à ce jour dans le monde. En associant la présence de l’homo sapiens dans cette région aux gravures rupestres et surtout à l’écriture amazighe Tifinagh vieille de plus de 3000 ans, que l’on retrouve au Maroc mais aussi dans d’autres pays de Tamazgha (nord de l’Afrique), on peut en conclure sans conteste que les Amazighs actuels sont les descendants de l’Homme de l’adrar Ighoud.... - - Auteur: CMA - Date : 2017-06-13

 

 
La mythologie Amazighe
Les Berbères/Amazighs avaient leurs propres divinités, mais comme ils ont toujours en contact avec les autres peuples méditerranéens, ils ont aussi connu des influences des croyances Egyptienne, Grecques, Phéniciennes, Romaines. ... - - Auteur: Arcana les Mystères du Monde - Date : 2017-04-04

 

 
Berbères/Amazighs : Histoire et symboles universels
Ce film conférence, de 45 minutes, vous invite à un voyage millénaire afin de comprendre les liens qu'ont les Amazighs (Berbères) avec les Vikings depuis la découverte par un géologue et paléontologue de renom, dans le Massachusetts (USA), d'une inscription en Tifinaghs sur une hache viking. Que font ces inscriptions en Tifinaghs sur une hache Viking découverte aux Amériques datant d'avant l'arrivée de Christophe Colomb ?... - - Auteur: Amazighworld - Date : 2016-11-03

 

 

Headquarters : Amazigh World  (Amadal Amazigh), North America, North Africa

  amazighworld@gmail.com

Copyright 2002-2009  Amazigh World. All rights reserved.