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L’AMAZIGHOPHOBIE

 

Par : Mohamed EL MANOUAR

De quoi, de qui, ont-ils peur ?

Des imazighen ?

« Trêve de pusillanimité » me disait dans d’autres circonstances, souvente-fois, subrepticement, regimbant dans son espièglerie devenue coutumière, mon ami Hha Oudadess. Un poète, comme V. Hugo le définissait : « un monde enfermé dans un homme ». C’est tout Hha. Il est tout un monde enfermé dans un petit bonhomme. Il est amazigh, comme tous les imazighen. Entier, sans couture apparente.

Que sont-ils ces imazighen ?


Ils sont pourtant dociles sans être obséquieux. Ils sont libres. Ils préfèrent la liberté à la vie. Mieux, ils sacrifient la vie à la liberté. Elle est pour eux une absoluité certaine, car comme dit Hegel dans « Phénoménologie de l’Esprit, traduction Hippolyte, p. 155 : « C’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve la liberté, qu’on prouve que l’essence de la conscience de soi n’est pas l’être, n’est pas le mode immédiat dans lequel la conscience de soi surgit d’abord, n’est pas enfoncement dans l’expansion de la vie ». Ils sont sur les hauteurs démunis et se plaisent ainsi pourvu qu’ils restent eux-mêmes. Ils ne sont jamais de ceux qui regardent ceux d’en-haut comme petits, bien que ceux d’en-bas les regardent toujours petits.

Mieux encore, je dirai avec Frantz Fanon : « puisque l’autre hésitait à me reconnaître, il ne restait qu’une solution : me faire connaître ».

Alors, la phobie des imazighen ! De quoi çà retourne ?  C’est un axiome qui se vérifie au fil des temps. La phobie, c’est quoi au fait ? C’est assurément ce que disait Hesnard dans son ouvrage : « L’Univers morbide de la faute », paru chez PUF en 1949, p. 37 qui selon lui : « La phobie est une névrose caractérisée par la crainte anxieuse d’un objet (au sens le plus large extérieure à l’individu) ou, par extension, d’une situation ».

La situation est que les imazighen existent et prolifèrent de façon constante. L’objet est plus qu’existant. L’histoire ne cesse de surprendre. La géographie confirme. Les sciences sociales affirment que la culture, dans le sens le plus large du terme, est une donnée fondamentale dans la compréhension de cette terre d’Afrique du Nord et du sud du sahara.

Alors, qu’adviendra-t-il de cette majorité écrasante mais, au fil des temps, écrasée de ces terres spoliées impunément ? De grâce !

Ce n’est point le cas des noirs, des nègres qui veulent absolument devenir blancs. Ce n’est point le cas des noirs infériorisés au contact des blancs supériorisés. Ce n’est point le fait de parler comme un livre ou comme un blanc. Le fait est que les imazighen parlent avec constance. Ils sont intelligibles, magnanimes comme les autres  imazighen. Un amazigh, bien que martyrisé n’a point besoin d’être psychanalysé. Il est soi-même.

Frantz Fanon, Cheikh Hamidou Kane, pour ne citer que ceux-là, excellent dans la description de cette pathologie excessive, dans cette « phobogènie » et Khella Saaidi a succombé à les suivre dans cette trajectoire qui ressemble plus à Hamidou Kane qu’à Khella qui a tout de même tout le mérite de bien transmettre dans l’état des messages précis de notre culture et de notre civilisation. Tanmmirt Khella. Je reviendrai prochainement à un parallèle que je ferai volontiers entre Khella et Hamidou Kane, entre « L’aventure ambiguë » et « Azilal des nostalgiques », magnifiques lectures pour ceux imbibés de leur culture. Un délice succulent à ne pas manquer.

Le cas des imazighen est tout autre. Il est singulier. Une sorte d’axiome qui, pour se dépesantir se doit d’être, simplement, tout simplement, en rassérénant le débat sans houle comprise, compromise, contenue.

La largesse sans drain, la noblesse intuitive des imazighen est simplement évidente, suffisamment prouvée à travers leur longue histoire.  Une histoire oblongue dans la dimension du temps. Elle est aussi large dans la mesure du temps. Elle est celle des nations qui se sont mesurées avec le temps. Que dire des Yuguartan, des juba, des Awragh dit saint augustin et des autres nombreux et pluriels qui se sont faits par leurs mérites et non par leur affiliation. Fallait-il être fils d’un tel pour être tel ?

N’ont-t-ils fait pas bon accueil à Moulay Driss, traqué, pourchassé, chez eux ? Ne l’ont-ils pas marié et porté au sommet de la hiérarchie, en le consacrant ? Un simple exemple qui affirme, confirme cette bienséance, cette oblativité amazigh, contemporaines et encore fraîche, non rassise, dans certaines mémoires, dans certains qui ont perdu la mémoire. Notre histoire n’a pas commencé avec Moulay Driss. Nous ne sommes pas les habitants des grottes. Nous avons côtoyé les plus grandes civilisations de cette planète. Nous sommes les héritiers de l’histoire.

Tamazgha, un havre de paix diabolisé pour les asservir et pour se servir amplement et dans le meilleur des mondes. Quelle phobie !

De quoi ont-ils peur ?

L’officialisation de Tamazight est un lèse majesté ? Une erreur, une gabegie, une désarticulation nationale…Quelle myopie ! Quelle inconscience ! Tamazight est dans son droit de cité. Elle se doit d’être la première langue officielle de ces terres, et de surcroît, de cette nation, car elle est la nation et l’identité. Elle est notre substance et non notre enduit, notre lustre éclatant qu’est cette autre qui usurpe le terrain. Elle n’est point cette ignition qui s’évanouit. Elle est au contraire cette substance qui s’épanouit. Elle est notre chose hiératique qui dure, qui perdure, qui s’affirme au fil des temps.  

Ailleurs, des langues, des dialectes parlés par une infime partie de la population sont consacrées langues officielles. Les cas de l’Inde, de la Suisse, de l’Italie, de la Belgique et d’autres, nombreux, sont à méditer. Le multilinguisme est la règle dans le monde. Le monolinguisme est rarissime. La reconnaissance d’une langue n’a jamais été perçue comme une atteinte à l’unité, à la souveraineté nationale. Bien au contraire, elle est un élément de la solidarité de la nation qui, par sa diversité, sa richesse de toute sorte, sa cohabitation forment une et une même partie indivisible, homogène et unie. Ceci est à méditer pour ceux, des formations qui usurpent le strapontin d’être représentatifs du peuple de savoir que leur discours est désuet et sans consistance. Aux autres, je me plairai à dire qu’ils n’ont rien compris. Ceux-là, qui depuis des décennies, essayent de coopter cette substance à laquelle ils n’ont rien compris. Opportunistes ils sont. Opportunistes sans consistance aucune, ils resteront à coup sûr. Je leur concède, toutefois, le fait qu’ils ont compris la nécessité de travailler selon l’adage bien connu, irresponsable, factice et belliqueux : « Chacun pour soi, Dieu pour tous ». Et pour ne pas clore, je dirai avec le psychanalyste, le psychiatre dont notre société a tant besoin, non consacré par ceux qu’il a pourtant longuement servi : Frantz Fanon : « pour un homme qui n’a comme arme que la raison, il n’y a rien de plus névrotique que le contact avec l’irrationnel ». Mieux encore : « …le respect des valeurs fondamentales qui font un monde humain, telle est la première urgence de celui qui, après avoir réfléchi, s’apprête à agir ».

Rien ne va plus ! Le monde à l’envers. Que dire de cette maxime à méditer : « Lorsque la main est faible, l’esprit court de grands risques, car c’est elle qui le défend… ».

Azul,  Tanmmirt.


Auteur: Mohamed El Manouar
Date : 2008-09-10


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Commentaire N° : 1
Par: Chelbani Le : 2011-12-27
Titre: avenir
Pays: France  

bon sang ne saurait mentir  
 
 

 
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