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GUERRE CHIMIQUE–CANCERS DU RIF : Le non-engagement de l’Etat Marocain face au problème des cancers qui touchent le Rif

En consultant les pages Facebook des amis, et les réseaux sociaux au Maroc, je constate que beaucoup de personnes soulèvent le problème des cancers qui touchent le  Rif.

Et les rifains par le biais de leurs associations et par la société civile, demandent que d’une part ce problème de santé soit reconnu par l’Etat Marocain comme étant  un problème de santé publique et qu’en conséquence il construise les  infrastructures  nécessaires et des Hôpitaux régionaux spécialisés dans le traitement de cette maladie, et qu’il prenne en charge totale les malades souffrant de cette maladie, et d'autre part qu’il expose le problème sérieusement devant les instances internationales afin que les responsables de cette catastrophe soient désignés et que puisse leur être demandé une juste réparation collective pour les dommages causés aux Rifains.

Si ce problème de santé qu’est le cancer est un fléau mondial responsable de la mort de millions de personnes chaque année, il est quand même reconnu que le pourtour méditerranéen est moins touché.

En raison d’une hygiène de vie et d’une alimentation reconnue huile d’olive, figues, poissons, fruits et légumes, soleil, petites exploitations et produits du terroir, pas de production intensive, pas d’utilisation massive de produits chimiques dans les champs agricoles, culture alimentaire et productive qui sont maintenant « en vogue » sous l’appellation « Bio » et reconnues pour leurs bienfaits, le Rif devrait donc être moins sévèrement atteint. Or, il n’en est rien. Le taux de mortalité dans le Rif liée directement au cancer atteint un niveau faramineux, le secteur d’oncologie du CHU de Rabat compte une large proportion de malades traités venant du Rif, aucune famille n’est épargnée.

Pour un rappel d’histoire, le Rif a été la cible des bombardements Espagnols  par  le gaz toxique dès  l’hiver 1921, en riposte à  la défaite militaire de l’Espagne dans la bataille d’Anoual.

Le largage de bombes chimiques tous azimuts, sur les populations rifaines, dans les champs, dans les rivières et les puits d’eau,  a eu  sans aucun doute des conséquences  néfastes  sur  des individus et des bêtes,  mais aussi sur les terres agricoles et les arbres fruitiers.

Des témoins oculaires, qui ont vécu la guerre du Rif des deux  côtés, racontent.
Du côté espagnol, dès 1970 des documents commencent à sortir des tiroirs, des autobiographies des soldats et des pilotes dans l’armée espagnole témoignent (le Récit de Pedro Tonda Bueno « La Vida y Yo » publié  en 1974, et le pilote et général de l’aviation espagnole  Ignacio Hidalgo Cisneros –« Cambio de Rumbu »)   qui fut le premier  à larguer la première bombe de 100 kg de gaz moutarde (gaz ypérite).  

Du côté rifain, les témoignages oraux qui ont été recueillis témoignent   de l’horreur et de l’atrocité de cette guerre dues aux centaines de milliers de bombes empoisonnées larguées sur des villes et des villages entiers et aux conséquences immédiates  (corps brûlés, visages défigurés …) sur  la santé des populations Rifaines qui ont amené à la reddition de leur Chef Abdelkrim par pitié pour son peuple, puis à la défaite de l’armée rifaine.

Les résistants qui ont participé à la guerre dès l’hiver  1921 et jusqu’en 1927 au côté d’Abdelkrim Alkhattabi, racontent que l’armée espagnole après la débâcle d’Anoual de 1921, pour laver l’honneur de la « nation espagnole » a employé massivement les stocks de gaz moutarde, utilisés durant la 1ère guerre mondiale (1914-1918) par les allemands, interdit par le traité de Versailles après la défaite de l’Allemagne et connu sous appellation locale dans le Rif « ARHAJ (le poison) ».

Ces témoignages sont corroborés par  des documents officiels tombés dans le domaine public  relevant des archives militaires allemandes, françaises, et espagnoles.

L’ouvrage Giftgas Gegen Abd El Krim: Deutschland, Spanien und der Gaskrieg in Spanisch-Marokko, 1922-1927 (Gaz toxiques contre Abd El Krim: Allemagne, Espagne et la Guerre du gaz au Maroc espagnol, 1922-1927),  de deux journalistes allemands, Rudibert Kunz  et Rolf-Dieter Müller, paru en 1990, raconte en détail, avec preuves scientifiques à l’appui de l’utilisation de cette arme, des documents militaires attestant de l’implication de la France et de l’Angleterre pour en faciliter l’acheminement,  comment  l’Etat espagnol, après de longs mois de négociation avec les pays qui ont gagné la guerre, a pu se procurer  cette arme chimique et son mode d’emploi sur le terrain,  auprès d’une Allemagne vaincue et alors sous contrôle de la France et de l’Angleterre.   

Malgré les appels d’Abdelkrim et les plaintes formulées auprès de la Société des Nations, les grandes puissances  de cette époque notamment les états européens sortis vainqueurs  de la guerre 14-18 tels  la France et l’Angleterre ont fait la sourde oreille aux doléances des Rifains et de leur chef.  Et pour cause, tout était orchestré, manipulé par ces mêmes puissances.

Que fallait-il attendre d’une Société Des Nations (SDN) paralysée, dominée par des pays colonisateurs, tranquillisés de voir enfin ainsi matée la résistance du Rif.

Un rappel pour mémoire : la France a participé largement aux cotés des espagnols aux frappes aériennes, a même dépêché le général Pétain en personne avec une armée de plusieurs centaines de milliers d’hommes (500 000 soldats français et espagnols, contre 40 000 rifains).

la petite Azhrio raccontre son calvère avec le cancer

Récemment, la petite Azhrio, 14 ans, enfant de la petite ville d’Ait Bouayache, une parmi tant d’autres enfants atteints,  est décédée. A cause, soit disant, d’un manque de sang dans l’hôpital régional d’Alhoceima.

Ce décès  a suscité des indignations de la communauté rifaine à l’intérieur et à l’extérieur du pays.  
Des  responsables de la santé publique murmuraient que ce problème est arrivé parce que l’Hôpital était en rupture de stock  sanguin, ce qui semble avoir été reconnu par l’Etat puisque le Délégué Régional du Ministère de la Santé a été limogé, mais aussi parce que  disaient certains « les rifains ne sont pas donneurs de sang ».     

Les  Rifains ont beaucoup donné de leur  vie, de leur sang,  ils mériteraient mieux que cela. Qu’est devenue la solidarité nationale ?

Une autre petite fille, Amal Mazouzi , de la ville d’Al Aroui, souffre actuellement de leucémie, et une grande mobilisation s’est créée autour d’elle et de sa famille, afin de pouvoir lui prodiguer des soins couteux.

Mais la solidarité si elle est louable, ne doit pas se substituer à la responsabilité de l’Etat.
Et pourquoi l’Etat ne se mobilise-t-il pas et ne fait-il pas de cette « maladie régionale » une « cause Nationale » ?
N’y a-t-il pas dans tout le Maroc une « Bernadette Chirac » capable de se dévouer pour une telle cause, capable de taper aux portes des plus grands, capable de regrouper autour de son action des associations, des entreprises, des médias et de lancer des opérations d’informations et de sensibilisation ?

Mohamed, fils de Said et petit fils d’Abdelkrim, celui qui fut le Président de la République Rifaine, a dernièrement lancé un appel depuis la ville d’Al Hoceima. Il s’est dit stupéfait par le manque total de couverture sanitaire spécialisée dans cette région et il est  prêt à s’investir dans un projet de construction d’un grand hôpital, pôle spécialisé en cancérologie  mais il souhaite également unir les forces pour que ce projet puisse voir le jour.

Lancer un appel, mobiliser la population, oui ! Mais pourquoi ne pas directement, en ces cas extrêmes, faire appel à l’Etat et le mettre devant ses responsabilités. Le Rif a trop longtemps souffert, c’est une des régions les plus pauvres du Maroc,  les forces vives sont contraintes à l’exil. Il est surprenant de faire appel uniquement à la communauté rifaine dont on connait les moyens limités.

Et qu’en est-il du groupe de recherche sur la Guerre du Rif, créé suite au Colloque International qui s’est tenu à Nador en 2005 ?

Le 15 mars 2014 doit se tenir une table ronde à Tanger, table autour de laquelle doivent se regrouper deux spécialistes de la guerre chimique dans le Rif. Nous espérons que seront apportés de nouvelles preuves, et que les rifains qui seront sur place feront en sorte de faire bouger ce dossier, tant au niveau national qu’au niveau international.

Ibrahim Messoud, le 25/02/2014.


Auteur: Ibrahim Messoud
Date : 2014-03-01


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La plume de Ibrahim Messoud
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