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Questions sur l'enseignement de l'Amazighe au Maroc

Quelle stratégie pour l’enseignement de l’Amazighe ?

Il serait souhaitable de faire un petit rappel sur l’historique de cet enseignement. A l’origine, un discours Royal en Juillet 2001 qui revendique une identité plurielle et nationale « Nous voulons aussi affirmer que l’amazighité qui plonge ses racines au plus profond de l’histoire du peuple marocain appartient à tous les Marocains, sans exclusive » et un Dahir portant la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe qui annonce l’intégration de la langue Amazighe dans l’enseignement, médias et autres domaines. 

En Septembre 2003, le système éducatif marocain connaît, pour la première fois, l’intégration de la langue Amazighe dans quelques écoles primaires, suite à la Convention liant l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) et Le Ministère de l’Education National, qui fixe les principes généraux sur lesquels se fondent cet enseignement. Ces principes seront les suivants : La langue Amazighe appartient à tous les Marocains sans exception et doit être enseignée à tous, qu’ils soient amazighophones ou arabophones dans toutes les écoles marocaines du Royaume.

La langue Amazighe doit être généralisée à tous les cycles d’apprentissage, du préscolaire  jusqu’au Baccalauréat (à raison de 3 h par semaine)
 La langue Amazighe sera standardisée sur le plan graphique, orthographique, lexical et morphosyntaxique d’une manière progressive.
La langue Amazighe doit intégrer les universités et les Centre de formation (CFI, CPR, ENS) pour permettre aux enseignants du primaire, du collège et du secondaire de bénéficier d’une véritable formation et à la langue et à la culture et de s’ouvrir vers d’autres sphères.

Une distribution des rôles s’est faite dans le cadre de responsabilités relatives à chacune des institutions. Le Rôle de l’IRCAM dans ce processus est la mise en place des plans de formation des enseignants, des inspecteurs, des formateurs (CFI, CPR, ENS) et des modules à l’université, l’élaboration d’outils didactiques (manuels scolaires et autres supports) et la formation sur le terrain. Le rôle du MEN est d’élaborer la carte scolaire et le calendrier pour l’intégration progressive de l’Amazighe dans l’enseignement comme cela s’était fait pour l’Arabe, de programmer les formations stipulées dans la circulaire 130, de veiller à la distribution des manuels scolaires amazighs sur tout le territoire.  

Où en est cet enseignement à la rentrée 2007 ?  

L’Amazighité ayant enfin un cadre institutionnel officiel, IRCAM (institution placée sous protection royale, chargée de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer la place de notre culture amazighe dans l'espace éducatif, socioculturel et médiatique national), nous avions tout à fait le droit d’espérer, après des décennies de marginalisation, de négation voire même de répression. Mais le bilan est loin d’être satisfaisant : Généralisation de l’Amazighe dans toutes les écoles et à tous les niveaux scolaires ? Les résultats sont plutôt alarmants.

Cette généralisation qui devait se faire progressivement pour toucher toutes les écoles marocaines, non seulement a pris beaucoup de retard, mais a reculé ou même stoppé  dans certaines régions. Les rares Académies (6 sur 16) qui se sont attelées à la tâche pour faire aboutir ce projet tels que l’Académie de Marrakech, Agadir, Settat, Dakhla, El Hoceima et dernièrement Meknès, malgré toute leur bonne volonté, ont rencontré beaucoup de problèmes quant à la gestion de ce dossier vu l’anarchie qui règne dans les services centraux de ce Ministère. Depuis le début, aucun suivi sérieux ne s’est fait pour accompagner l’intégration de l’Amazighe dans le système éducatif. Le traitement de ce dossier ira de la négligence ou légèreté au mépris total. Certaines Académies ont carrément fait un pied de nez à la convention signée entre l’IRCAM et le MEN, aux notes ministérielles élaborées dans ce sens et de ce fait au Discours royal de 2001 et au Dahir instituant l’Institut Royal de la Culture Amazighe.

 

Elles ont tout fait et continuent à tout faire pour retarder ou faire échouer le processus d’intégration.  Aucune formation des enseignants de l’Amazighe n’est organisée, la généralisation horizontale ou verticale est stoppée, la note ministérielle 130 dont les directives sont claires et précises, est rangée dans les tiroirs. C’est une véritable anarchie, jusqu’au chaos total dans certaines régions. Des directeurs d’Académie ignorent délibérément les directives ministérielles et ne consacrent aucun budget à ce dossier, des délégués décident de leur propre chef d’annuler toute formation, d’autres de bloquer toute intégration de l’Amazighe dans leur secteur. Des directeurs d’école se contentent de l’intégrer dans une ou deux classes de 1ère année, d’autres refusent carrément de l’inclure dans leurs tableaux de service ou d’envoyer leurs enseignants en formation. Des classes d’Amazighe ouvrent, d’autres ferment.  Des inspecteurs ordonnent à leurs enseignants de réduire les horaires de cette matière sous prétexte que cela est superflu. Des enseignants formés dans ce sens, se heurtent de retour dans leur établissement, à un discours raciste et vexant de la part de leur supérieur « pas de ça chez moi ! » « El Barbaria n’a pas sa place ici ! »

La pagaille, le désordre total, l’illégalité au grand jour, un Ministère où chacun n’en fait qu’à sa tête, où les « outlaw » ne sont pas inquiétés par leur supérieur et où l’Amazighité est humiliée et avilie.

Les manuels scolaires de l’Amazighe restent toujours introuvables sur le Marché, en juillet dernier ils n’étaient toujours pas sur la liste officielle du MEN au côté de ceux de l’arabe, du français ou de l’anglais. Problèmes techniques ? Cela dure déjà depuis 2003.

Désappointés, les enseignants  en fonction créent leur propre support avec les moyens du bord ( cartons, plastiques…), d’autres décident de faire le déplacement à Rabat, comme cet enseignant de Tata ou ce directeur d’El Hoceima repartis avec des cartons de manuels fournis par l’IRCAM.  Pourtant, les responsables de ce Ministère n’ont cessé de répéter depuis le départ qu’ils n’avaient pas le droit à l’échec, que toutes les facilités administratives seraient mises en place pour la réussite de ce projet national.

Que s’est –il donc passé réellement ?

Ont-ils adhéré sans une véritable volonté politique, juste pour montrer patte blanche au Palais après l’initiative royale ? (discours juillet 2001)

Ou alors, ont-ils depuis le départ, décidé de faire échouer ce processus qui ne correspond nullement à leur vieille idéologie jacobine ?  Pourquoi tant d’hostilité ? Pourquoi tout cet acharnement  contre cette identité souvent gravement atteinte ? Ces décideurs qui privilégient une stratégie d’étouffement et une ‘fermeture’ démocratique, ne mesurent-ils pas la gravité de la situation qui peut engendrer un mécontentement radical.

Qu’en est il de la formation des enseignants ?

Dans les Académies où des formations régulières ont été organisées (3 sessions par an stipulées dans la circulaire 130) les enseignants peinent malgré tout dans leur tâche. 15 jours de formation au total ne peuvent résoudre le problème, d’autant plus que beaucoup d’entre eux ne maîtrisent que très peu la langue ou sont carrément (hé oui !) arabophones. Avec quelquefois un mépris total de cette langue millénaire et une image dégradante, à tel point que l’un d’entre eux a posé une question ahurissante « tamazight a-elle aussi un singulier et un pluriel et a-t-elle aussi une conjugaison avec des temps ? » Arrêtons le Massacre !

La formation initiale est la seule qui puisse garantir un enseignement de qualité de l’Amazighe.

Le passage par l’université et les centres de Formation ( CFI, CPR, ENS) est une condition sine qua non pour intégrer l’Amazighe dans le système éducatif au même titre que les autres langues enseignées(arabe et français). La solution d’appoint (formation de quelques jours pour des enseignants déjà en fonction) ne peut perdurer, et ne peut constituer une règle spéciale pour l’Amazighe. Une formation des formateurs des écoles de formation des instituteurs (CFI) a été donnée à cet effet par les chercheurs de l’IRCAM pour que Tamazight puisse intégrer ces centres. Tant que Tamazight n ‘est toujours pas admise dans les universités et que des départements amazighs n’y sont pas créés au même titre que les autres langues, le bricolage continuera. Avec un DEUG ou une licence en amazighe, les étudiants  pourront par la suite rejoindre les CFI, les CPR et les ENS pour une formation pédagogique d’une année. Nous pourrons à ce moment-là parlé enfin d’une véritable formation. 

Quelles solutions vous préconisez ?

Tout d’abord un traitement plus sérieux de l’Amazighité dans tous les domaines est plus que nécessaire. Il est du devoir des futurs responsables et décideurs du prochain gouvernement de mettre en place une structure centrale efficace et authentique, qui devra veiller à l’intégration progressive et définitive de l’Amazighe dans l’enseignement marocain.

Avec comme conditions incontournables : Formation d’enseignants spécialisés, inspecteurs bénéficiant d’une véritable formation, ouverture de départements de langue et culture amazighes dans chaque région, mise en place de modules dans les CFI, CPR et ENS, obligation à toutes les 16 Académies de respecter les notes ministérielles et autres textes ad hoc relatifs à l’Amazighe pour une véritable généralisation horizontale et verticale de cette langue nationale.

Toujours est-il, qu’il est devenu clair que sans la moindre volonté politique du gouvernement, la culture et  la langue amazighes sont sérieusement en danger. Il est vrai que le processus de décision se situe au niveau du Palais et que l’IRCAM reste une institution consultative et de référence, mais les maîtres d’œuvre sont bel et bien les différents ministères. L’avenir du Maroc ne pourra se faire que dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet de société démocratique et moderniste, fondée sur la consolidation de la valorisation de la personnalité marocaine et de ses symboles linguistiques, culturels et civilisationnels. La promotion de l'amazighe est une responsabilité nationale, car aucune culture nationale ne peut renier ses racines historiques. Il semble qu’une redéfinition de l’identité marocaine et son acceptation comme résultat de son processus historique est encore nécessaire  L’enseignement obligatoire, l’aide à l’édition et à la création, une place complète dans les médias, l’intégration de l’Amazighe dans d’autres domaines sont des obligations de l’Etat envers tamazight. Cependant, malgré les discours sur la diversité culturelle et quelques petites actions par ci par là, il est impérieux de dire que ce qui se fait, reste insuffisant pour garantir un développement complet et honorable de la culture et de la langue amazighes trop souvent marginalisée, humiliée ou folklorisée.

 La situation doit être une fois pour toute clarifiée et notre langue et notre culture protégée par la loi suprême, la constitution.

 


Auteur: Meryem Demnati
Date : 2007-10-07


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Commentaire N° : 1
Par: Raji Driss Le : 2010-03-28
Titre: Centre de formation ? Taza SOS
Pays: Morocco  

De nombreux professeurs souhaitent subir une formation, en vue de dispenser un enseignement correcte en amazigh.pour ce fait les demandes ont ?t? adress? ? la d?l?gation depuis plus de deux ann?es,mais en vain,c'est d?plorables d'apprendre que les professeurs interess?s ont ?t? ?cart? pour des raisons dont on ignore l'origine.et pour tout dire on a r?dig? plus de trois demandes surtout que notre ?cole Sibaouih ne dispose d'aucun enseignant amazighe ce qui veut bien dire que les ?l?ves en question sont priv?s de cette langue et culture;ceci vu que le directeur de l'?cole avait r?dig? lui m?me une demande en ce sens qui tend ? disposer d'un professeur de tifinagh.
Nous vous prions de faire le n?cessaire pour mettre fin aux responsables qui convoquent ? cette t?che celui qu'ils souhaitent m?me si le professeur en question ne peut s'exprimer en amazigh.
Enfin nous vous prions de vous asssurez vous m?me que certains professeurs m?connaissent cette langue ne sont pas d'origine b?rb?re et pourtant ils professent dans certains ?tablissements.
 
 
 

 
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