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Hommage à Tamazight, Lalla Fadma.

Chetto, ma seule amie encore de ce monde est loin d’être myope. Elle ne bat jamais de l’aile. Elle ne se lasse point de me dire que, dans une langue qui n’est pas sienne, ces reîtres ne cessent de l’intimider, de l’insulter, de la harceler, de la contraindre à rester muette, d’aller habiter ailleurs, comme si c’étaient eux qui avaient construit cette demeure…
Esseulés, la rage de ne pouvoir vaincre, l’envie de ne plus être, à coup sûr, les tuent, les morfond.

Ici bas, sur la terre de l’injustice, de l’iniquité nous sommes. De cesse, ils n’ont de médire, de redire, de colporter des mensonges sur notre compte, falsifier notre histoire, ignorer notre passé glorieux, nous défigurer, banaliser nos toponymes, arabiser nos prénoms, nous imposer les leurs, interdire les nôtres, considérer notre langue comme un patois vulgaire, la leur sacrée, folkloriser nos traditions, nos coutumes, les leurs authentiques, nous imposer le déni de ce que nous sommes, nous minorer dans notre majorité unie par une volonté qui commence à poindre, à vaincre les turpitudes de l’obscurantisme, du paradigme de la pensée unique, du néant qui les réconfortent dans leurs ténèbres, dans leurs excès, leurs rapines et,  que de pervers ils enfantent!

Chetto dit aussi qu’ils ont voulu lui jeter ses affaires dehors, l’excommunier, la bannir, la répudier de chez elle. Certes, un chez-elle rustre, mais que de glorieux souvenirs il rappelle.

A force d’y penser, j’affirme, sans jamais feindre à mes convictions, qu’ayant ses enfants, peu de crainte devant ces infamies. Bien sûr, ils se doivent d’être à la mesure de la charge, unis pour vaincre l’adversité et imposer la diversité, combien salvatrice, riche et enrichissante.
Lalla Fadma, n’est pas jetée, loin s’en faut, seule ici-bas. Ses racines proviennent du fond de l’histoire, de la profondeur millénaire de cette terre, de sa terre, de ses montagnes.

Lalla Fadma ne saura jamais qu’elle provient d’un cosmos, jetée dans les entrailles de cette terre d’Afrique, la terre des imazighen, le terreau de la liberté et de l’épanouissement dont elle garde encore toute la substance. Elle ne compte que dans les chiffres de l’éphémère, de l’illusoire. Et pourtant, elle a derrière elle une épaisseur de dix mille ans d’histoire, n’en déplaise à certains de souche aléatoire. Mince croûte superficielle. Elle croit simplement être plus que centenaire. Et pourtant, myopes, ceux qui dénient la profondeur de l’histoire. Essaimée, sa semence est dans les vallées, les monts, au-delà du pays. Solides, ses racines sont profondes et tentaculaires. Seules la foi et la raison font d’elle l’histoire, la vraie nature de ce qu’elle est, une femme amazighe qui porte un regard sans concession sur son monde fait de bonheur, d’amour, de privation, de manque ; un monde qu’elle a voulu survoler sans s’y attarder.

Lalla Fadma n’épargne point de porter un regard sur un autre univers qui n’est point le sien, qu’elle scrute avec patience stoïcienne, qu’elle rejette, dépravé, corrompu, dépourvu des valeurs qui sont les siennes.
Lalla Fadma ne cesse de dire, de penser et de ruminer constamment une évidence qui la hante :  « il est temps de partir, de voyager dans un autre, réel, retrouver les miens, car beaucoup des miens d’ici sont morts, défigurés, subjugués, morts-vivants, jetés sur la chaussée boueuse, infecte de l’histoire. Et tant que je vivrai, je garderai ma langue et m’en servirai ».
Lalla Fadma a conscience que les temps changent. Haletants, ils paupérisent de valeurs, d’humanisme, de culture. Pour elle, dans sa profonde conscience, la seule qui vaille, son souhait est de partir, loin de ce monde, retrouver la quiétude, la paix et le silence.

Lalla Fadma n’a plus qu’une seule envie, avoir un peu d’eau pour se désaltérer, garder une voix intelligible, quelques branches de bois pour réchauffer ses vieux os, se revitaliser. De notre dernière rencontre en face du grand Azurki, vêtu de sa belle robe d’un blanc immaculé, Lalla Fadma, s’appuyant sur sa canne, de stature digne, d’un regard perçant, me confie dans la sérénité de son âme, ce vœu qu’elle voudra que je garde, que je transmette à la postérité.

Lalla Fadma est de cette seule espèce qui ne se meurt jamais car, si elle devait mourir, déjà, elle le serait, depuis des millénaires. Elle a côtoyé beaucoup d’autres avec lesquelles elle a partagé moult choses, avec lesquelles elle a vécu parfois en bonne intelligence, souvent en conflit. Elle en est sortie toujours plus rassurée, plus forte. Elle a résisté à toutes les subjugations, même des plus abjectes. Les autres se sont éteintes. Elle est vivante, vivace, vigoureuse et, qui plus est, renaît.
Lalla Fadma, même de rides marquée, tu as la peau dure. Tu ne pourras jamais disparaître comme une vulgaire épave.
Point fugace, fine mouche, tu renais de tes cendres. Forte et invincible, ta substance est inaltérable. 
Tu jaillis du plus profond de l’humanité. Tu es dans l’universalité, dans la modernité. Tu es loin de l’adversité. Tu es magnanime, accueillante, tolérante et conviviale.
Sans concession, massive dans ta substance, tu es de celles que l’histoire visitera, et, sans toi, l’histoire ne serait qu’hybride et sans consistance.

Lalla Fadma, tu es notre symbole, évanescent mais réel. Tu es, plus que jamais, vivante.
Pieds joints, tes détracteurs finiront par se rétracter. Se croyant battre, en retraite seulement ils battent.
Lalla Fadma, tu es notre langue qui s’épanouit.
Tu incarnes notre longue existence.
Ô belle vieille du monde, par les tiens, tu ne cesses de rajeunir!
Les tiens prolifèrent.
Les tiens se doivent d’être, même combattus, battants, intrépides et trempés à l’égal de l’acier.
Lalla Fadma, tu portes un regard incisif, perçant sur ton monde. Un monde fait d’humilité, d’humanisme, de fierté, de liberté et de travail assidu.
Lalla Fadma, que de boulets tu traînes !
Que de boules glaciales t’étouffent !
Mais, d’illusions, jamais tu ne t’es laissée bercer.
Dans ta verve poétique, tu t’emploies à communiquer aux tiens, nombreux et essaimés, nombreux et déchirés, ta nostalgie des temps anciens, tes inquiétudes, ta confiance, tant soit peu, dans l’avenir qui nous guette.
Lalla Fadma, tu nous invites tous, ensemble, à nous assumer, à rester dans notre substance, vigilants, tolérants, pacifistes, ouverts sur les mondes qui nous entourent, les mondes qui risquent de nous faire oublier ce que nous avons été, ce que, pluriels des nôtres, ils sont devenus.

Lalla Fadma, jamais tu ne peux être ce que tu n’es point. Jamais, tu ne peux devenir ce que tu n’as jamais été.
Lalla Fadma, croyante, moine, laïque, tu es notre gloire, notre lumière qui ne cesse de revenir poindre.
Tu  égayes notre solitude, notre présence, notre persistance assourdissantes.
Tu es notre pensée angoissante qui nous point.
Confiants de ce que nous étions, nous sommes, tu nous invites sur tes cimes verdoyantes à mieux apercevoir librement le monde qui nous entoure, qui nous guette, nous épie d’un regard qui ne dit point mot.
Tu nous apprends à persévérer,  à rester ce que nous étions de tous les temps.
Lalla Fadma, glorieuse tu es.
Glorieuse, Lalla Fadma, tu resteras.
Reine de toutes les reines tu es.
Pour l’éternité, reine, tu resteras.
Tu vaincras tes détracteurs insidieux.
Des tiens, certains se perdent, se morfondent, corrompus et obséquieux.
Mais, rentrera au bercail la chèvre égarée.
Point de salut, l’avenir est dans notre passé, notre fierté...que nul ne peut atteindre…


Auteur: Mohamed El Manouar
Date : 2007-12-06


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