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chefs-d’œuvre en peril

 

Ce n’est pas une émission de télévision, loin s’en faut. Non, c’est un appel pour non-assistance à patrimoine en danger, délit gravissime car il est à dimension humaine. En effet, les grandes problématiques qui nous interpellent tous sont plurielles et intéressent, sans exclusive, l’ensemble de la communauté. Elles ont attrait au patrimoine architectural de tout le sud marocain où les anciens igherman connaissent des destructions massives sous les yeux hilares  des autorités, des élus et de la société civile. L’écho s’en est fait à différentes reprises par ceux qui en subissent l’affront au quotidien. Le dernier rappel étant celui lancé par Uyaflman dans la page dédiée à Tamazight dans la livraison du journal Le Matin du 20 mars 2004.

Les arts traditionnels et populaires qui sont le produit d’une société millénaire sont mercantilisés parfois dans des proportions inadmissibles et dans des conditions d’altération impitoyable.

La littérature et tout le patrimoine poétique oral dont les fragments disparaissent à la mort de chaque poète. Les contes, « lahdiyt » que nos grands-mères nous racontaient, en nous dorlotant, dans la pénombre des nuits chaudes et froides de notre jeunesse, s’amenuisent.

Les subtilités du verbe et du geste de « taqrfiyt » qui tournent en dérision et dans la gaieté, des personnages de notoriété. Dans le Dades, les Ayt Wallal sont donnés pour les chantres de cet art. Les proverbes, les contes, en somme, tous les ingrédients d’une culture faite de sédimentation millénaire… Même les gravures rupestres n’ont pas été épargnées. Déjà plusieurs archéologues dont Melle O. Puigaudeau ( revue Archéologia n° 30 ) et R. Letan dans « Bulletin d’archéologie marocaine » crient au pillage de certains sites rupestres du Présahara marocain et lancent des SOS  pour leur sauvegarde. En revanche, une note d’optimisme vient de R. Letan quand il affirme qu’il « reste heureusement des centaines de milliers de gravures que les difficultés d’accès protégeront encore longtemps » ( B.A.M, t.IX, 1973 – 1975, p. 158 ).

Ce n’est pas l’objet de cette contribution. En revanche, notre propos tout en étant congénère, est d’une autre nature qui est non sans importance. Il est en relation avec les manuscrits, sachant que chaque famille dispose, peu ou prou, de ce genre de documents,  parcelles de notre culture, de notre histoire. Ils sont jalousement gardés dans un secret étanche et presque religieux notamment en milieu sédentaire rural. Faisant partie intégrante du patrimoine familial, ils se transmettent de père en fils à travers les générations. Ils sont assimilés, sans exclusive, à des titres de propriété. Ils sont le prolongement de la sacralité qui entoure le concept de la terre synonyme de « lasl » qui légitime et renforce le statut social de la famille et du groupe. On ne peut s’en dessaisir. Ce genre de papier sont soigneusement rangés et roulés dans des cylindres en roseau, ce qui permet leur sauvegarde à l’abri des intempéries. Ils sont appelés communément « Rsoum » (pluriel) du singulier « Rsam » ou actes rédigés généralement par le talb du sanctuaire villageois.

Notre expérience personnelle, confortée par celle de tous les chercheurs qui ont eu à se pencher et à se préoccuper des questions similaires notamment dans le domaine des sciences sociales, est intéressante. Elle met en évidence trois conclusions à méditer : la richesse et la variété de ce patrimoine, ses difficultés d’accessibilité et ses difficultés d’exploitation.

Richesse et diversité.

Ce genre de manuscrits ne traite pas uniquement des transactions commerciales. Les sujets sont extrêmement variés et concernent notamment, les généalogies, les différents accords entre personnes, familles, au niveau d’un même village ou entre différents villages, les alliances, le partage des eaux, les charges collectives, les désignations des imgharn, les différents témoignages, les mariages, les divorces, le recensement de la population ainsi que plusieurs documents épistolaires en relation avec les zawiyya, des dahirs de nomination, des dahirs de respect et de considération, des lettres de protection accordée à certaines familles.   Par ailleurs, nous avons pu découvrir de façon tout à fait impromptue des petites lettres destinées aux moukallafine, intermédiaires entre le chikh et le Makhzen. Il s’agit d’instructions précises ayant trait à une variété de domaines : charges dues au Makhzen, corvées et travaux collectifs, campagnes sanitaires, surveillance du territoire, permis de circulation, désarmement des populations, réglementation des prix…

Difficultés d’accès.

Bien sûr, comme nous l’avons affirmé plus haut, ces sources sont difficilement accessibles en raison de leur assimilation aux secrets de familles que les chefs de famille ne souhaitent pas étaler sur la place publique. Mais la persuasion et les relations permettent dans certains des cas de rompre la chaîne et de réussir, sinon à en faire des copies, du moins à les consulter sous le regard méfiant de nos hôtes. La plupart des chercheurs issus de la même région disposent de ce genre de sources dont ils font état avec parcimonie et en fonction de leurs besoins propres et de ce fait réagissent de la même manière que ceux qui en sont les propriétaires légaux. C’est pourquoi, il ne serait certainement pas inutile de se fédérer en groupes de recherches multidisciplinaires dont le but de mieux exploiter tout ou partie de cette documentation à des fins multiples.

Difficultés d’exploitation.

Nombreux sont les chercheurs qui ont soulevé cette problématique notamment pour les manuscrits des régions amazighophones. On citera uniquement le colonel Justinard, J. Berque, L. Mezzine. Et de conclure, en affirmant que la maîtrise de la langue amazighe et la connaissance des subtilités régionales et des toponymies sont les outils indispensables pour l’exploitation de ce type de documentation en tant que sources internes des sciences sociales notamment dans des espaces ruraux.

Contrairement à une idée largement répandue selon laquelle l’oralité domine les paysages de la société rurale et la culture amazighe, tout en souscrivant à l’idée sur le plan de la production artistique, culturelle, nous constatons, néanmoins que sur le plan des engagements, des transactions et des accords, l’écrit domine fortement à telle enseigne qu’il n’est le moindre accord sans qu’il soit soigneusement transcrit par le talb, le lettré de la mosquée locale. Il va sans dire qu’il s’agit dans le cas d’espèce d’une conséquence de l’arabisation et de l’islamisation, de la proximité du talb, de son accessibilité, de son intégration parfaite dans le tissu social. Néanmoins, force est de constater que cet écrit dont la calligraphie est arabe reste fondamentalement pétri dans un esprit amazighe avec ses nuances et ses tournures. Mieux encore, il phagocyte à l’état pur des termes et des acceptions amazighe, ce qui rend leur compréhension malaisée pour un chercheur ne maîtrisant et la langue et les coutumes.

Le temps, par son caractère inéluctable, l’homme par son inconscience, sa passivité ou sa conscience et son activisme, sont les agents directement impliqués dans la destruction à coup sûr de ce patrimoine qui appartient à l’humanité. C’est à lui seul qu’incombe la responsabilité de sa sauvegarde dans les meilleures conditions possibles. Pour ce faire, les chercheurs, les autorités, les collectivités locales et la société civile doivent prendre conscience que ce patrimoine constitue la grande partie de notre richesse et de notre diversité…


Auteur: Mohamed El Manouar
Date : 2008-01-03


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