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Le Maroc et l'Algérie sur la même poudrière


Date : 2001-06-28

Berbères, islamistes et jeunesse en colère. Entre les deux pays, les similitudes sont trop grandes pour que l'onde de choc ne franchisse pas la frontière. DEMAIN MAGAZINE Rabat De l'Algérie je reste inconsolable", soupirait il y a quelques années Jules Roy, écrivain français, dans un pathétique article publié dans Le Monde. Jules Roy, d'origine pied-noire, pleurait alors une Algérie faite de champs de bonheur, de rêves et de situations de rente engloutis à jamais. "L'Algérie de papa" , comme on l'appelait alors ; celle des parents et des grands-parents. Un pays heureux (pour l'écrivain français), qui a disparu avec l'indépendance, en 1962. Au Maroc, s'il faut utiliser les mots de Roy, nous pourrions écrire la même chose - mais pour d'autres raisons. Ici, à côté de ce grand drame qu'est l'Algérie, nous restons inconsolables pour une infinité de rencontres qui auraient pu se produire depuis 1962, mais qui n'ont pas eu lieu. La réelle, et naïve, volonté de rapprochement entre les deux Etats qui a littéralement sauté avec la "guerre des sables" (8 octobre-9 novembre 1963), puis les morceaux de la réconciliation que l'on n'arrivait jamais à recoller au fil des années à cause de la décision de Houari Boumediene de créer un nouveau front plus au sud avec le conflit du Sahara. Sans compter les petites guéguerres, les petites tentatives de déstabilisation, d'un côté comme de l'autre, les expulsions de Marocains nés en Algérie à la fin des années 70 et les fermetures des frontières, qui sont venues raviver des blessures ne parvenant plus à cicatriser. Une infinité de mésententes ont ainsi érigé un véritable mur de méfiance qui a abouti à ce que nous autres, Marocains, oubliions qu'à côté existe un pays habité par des gens avec lesquels, si nous ne sommes plus liés par les liens du coeur, nous le sommes, toujours et encore, par ceux de l'Histoire. Pourtant, les choses peuvent changer. Les jeunes qui se font tirer dessus dans les rues d'Alger et d'ailleurs parlent une langue, des langues plutôt, ou des dialectes comme le prétendent les puristes, qui ressemblent étrangement aux nôtres - que ce soit le dialecte algérien, frère de notre darija nationale, ou le kabyle, qui ressemble à s'y méprendre au tarifit du Nord. UN AVENIR INDÉCHIFFRABLE, UN GOUVERNEMENT ABSENT C'est pour cette raison, peut-être parce que nous sommes méditerranéens et naïfs, qu'il faudrait que nous reprenions conscience et que nous oubliions que l'Algérie est, dans notre subconscient, lointaine, incompréhensible et inexistante. Que nous descendions de notre piédestal de vieille et grande nation sûre d'elle pour voir ce qui se passe à côté. Car, à l'ouest, il n'y a pas que des généraux moustachus et hostiles. Il y a aussi une majorité silencieuse faite de jeunesse qui se fiche comme d'une guigne du Sahara occidental [pomme de discorde entre Rabat et Alger, car les autorités algériennes soutiennent le Polisario], qui ne sait même pas où se trouve Tindouf [camp du Polisario en Algérie] et dont le rêve, du moins l'envie, est de passer de l'autre côté de Jouj Bghal [poste-frontière entre le Maroc et l'Algérie, à Oujda], pour passer du bon temps et "parler avec les frères marocains". Essayer de décrypter le malheur d'autrui est une façon de comprendre le sien. Si ça gronde à quelques centaines de kilomètres de Rabat, il n'y a pas de raison pour que ça ne se répercute pas chez nous. Tôt ou tard. Nous avons des mécontents, des islamistes radicaux et des Berbères à profusion. Nous en avons beaucoup plus que dans tout le reste du Maghreb. Et s'il faut ajouter à cela un avenir incertain et indéchiffrable, un gouvernement absent qui n'a jamais représenté tous les Marocains et une série de décisions maladroites, fruit de l'inexpérience, alors il faut craindre le pire. Car, quelles que soient les différences qui existent entre les deux pays, nous sommes assis sur la même poudrière. La même, sauf que la nôtre n'a pas encore sauté. La récente interdiction de la marche de soutien au peuple palestinien, qui devait avoir lieu à Casablanca, le dimanche 10 juin, et l'envoi précipité à Beni Dadjit [près de la frontière algérienne] de deux généraux de division, Hosni Benslimane de la gendarmerie et Abdelhak Kadiri de la Direction générale des études et de la documentation [DGED, services secrets militaires], sont des manières pour le pouvoir d'éviter un probable débordement algérien chez nous. "Eviter à tout prix", voilà l'expression majeure des sécuritaires de chez nous, sans essayer de comprendre ce qui se passe ici. Sans tenter de bouger l'arbre pour voir la bourrasque qui agite la forêt. De l'Algérie nous restons inconsolables, certes, mais nous le sommes encore plus de nos gouvernants, qui n'ont pas encore décidé ce qu'ils veulent faire de nous. Ali Lmrabet



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