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Au Maroc, j’ai vécu sans savoir ce que signifie la politique ni connaitre les responsables


Au Maroc, comme dans l’univers kafkaïen, c’est quasiment impossible de trouver le Maître du château.
Adolescent, je vois toujours une énorme plaque au dessus de la porte du local du Parti de l’Istiqlal (Parti de l’Indépendance). Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et j’y suis entré pour voir ce qui s’y passe réellement. C’est un ancien café dit de Bingal à Mellah laqdim. J’ai trouvé plusieurs personnes assises sur des chaises et en face d’elles le responsable du Parti sur le plan local MB. Ils étaient en train de boire du thé et de papoter.

La majorité des hommes présents, aucune femme ou fille parmi eux, sont des charretiers et des paysans. Il m’ont donné un bon verre de thé chaud qui m’a fait du bien car il fait un froid glacial chaque soir dans la vieille médina de Mogador, une presqu’île. J’ai attendu une bonne heure pour vivre mon initiation à la politique au Maroc. Et le moment est enfin venu puisque le responsable fait signe de la main pour demander le silence à la respectueuse assistance et annonce solennellement le sujet du jour :
« Allah injjina wi injjikoume men mskhout lwalidine !»
(« qu’Allah nous préserve de celui qui est maudit par ses parents ! ».

Il raconte le mauvais sort de x qui a été, touchons le bois, maudit par ses parents et à tour de rôle , chacun raconte une histoire d’un maskhout al walidine ou d’une maskhout al walidine, d’un maudit ou d’une maudite par ses parents .

Pour ne pas être obligé moi aussi à inventer l’histoire d’un maudit par ses parents ou être taxé moi-même de maudit de mes parents par tous ces politiciens en extase politique et mystique, je m’éclipse sans me retourner pour ne pas affronter tous les regards inquisiteurs qui me suivent jusqu’à la porte qui se ferme derrière moi définitivement.

Une fois adulte , j’étais choisi parmi l’élite intellectuelle de la ville de Mogador pour aller assister à la création du nouveau Parti Constitutionnel, Doustour, de Mr Maâti Bouabid , l’ancien premier Ministre du temps de Hassan II qui gratifiait ses premiers Ministres sortants d’un Hizb jadid, un nouveau Parti administratif pour vanter au monde entier son multipartisme au Maroc pour la forme et qui n’est qu’un Parti Unique du Palais qu’il tient en Résident arabe, comme son prédécesseur le Résident français Lyautey, par une main de fer de l’idéologie arabe et de l’Islam dans un gant de velours de la fiction occidentale du multipartisme et de la démocratie.

Une fiction de la démocratie occidentale qui n’existe pas en réalité et qui est fondée sur les dictatures et les religions monothéistes archaïques imposées par l’Occident aux pays appauvris et non pauvres du tiers monde. Les dictatures du tiers monde privent les populations de leurs pays de tout pour nourrir l’Occident et sa fausse démocratie .Cela veut dire qu’il ne peut y avoir de démocratie dans les pays dits pauvres car cela est synonyme de la fin de la fausse démocratie occidentale et de ces dictatures inventées et soutenues par l’Occident.

Je n’ai pas dépassé une quinzaine de jours dans mon nouveau Parti Constitutionnel du DOUSTOUR (Dastour !Tslim !) parce que personne ne m’a jamais demandé mon avis et aucun d’entre nous ne sait qui est responsable : à chaque niveau, on nous dit qu’ils ne sont pas responsables et le Maître du château demeure introuvable.

Au début de la dernière réunion à laquelle j'ai assistée, BA, le mari de ma tante, un notable et membre du Parti, est venu s'asseoir près de moi et m'a demandé pourquoi je ne participe pas aux discussions. Je lui avoue que je ne sais pas où ils vont ni ce qu'ils attendent de nous ni quels sont les vrais objectifs du Parti. C'est alors qu'il me demande si je veux voler comme eux et obtenir ma part. Je lui ai dit que je ne suis pas venu pour voler et c'est alors qu' il m'a conseillé d'aller dans ma classe avec mes élèves car, selon lui, la politique à la marocaine, n'est pas faite pour mes semblables.

La spécialité du Maroc : à l’approche des élections, on réunit les Associations pour faire un inventaire des revendications de la nouvelle génération et mettre au point un livre blanc à donner à un nouvel Parti administratif ou pour tous les Partis existants comme des slogans qui interpellent la nouvelle génération mais creux pour les candidats mafiosi qui n’ont pas à penser par eux-mêmes mais juste à exécuter un rituel prédéterminé par le palais. Si vous allez par curiosité jusqu’au Roi , censé être l’unique responsable et Allah en personne du château , il vous dira que c’est le premier Ministre qui est responsable et vous dira de suivre votre rocher politique de Sisyphe qu’il fera dégringoler de l’autre côté de la montagne. Au Maroc , c’est le Palais qui est Allah omniprésent mais comme Lui, il reste invisible et il faut aller chercher les responsables et les réponses à vos questions dans l’au-delà.

Au Maroc , j’ai vécu sans savoir ce que signifie la politique ni connaitre un seul responsable .


Auteur: Mohammed Hifad
Date : 2016-08-08


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La plume de Mohammed Hifad
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Commentaire N° : 1
Par: id Bawziki Le : 2016-08-11
Titre: Disillusion
Pays: France  


Comme Amazighworld préfère diffuser mes commentaires plutôt que mes textes, probablement parce qu'il manque de commentateurs, alors je vais en profiter pour apporter quelques précisions.

Cher Agrrame ton histoire n'est pas si catastrophique puisque ta démarche était celle d'un berbère soumis arabophonisé entré dans les rangs d'un un système établi que tu ne contestais pas .

Maintenant imagines que tu veilles connaître le système politique en place en tant qu'Amazighone pur, tu te trouveras face à une administration, une culture et une politique qui n'a rien d'Amazigh. Là tu apprendras pour ta première leçon que tu es sous occupation, donc un étranger sur la terre de tes ancêtres, et si d'aventure tu veux t'élever contre le système en place de droit divin anti-amazigh, malheur à toi. Tu apprendras aussi que les pires ennemis de l'Amazighité sont les berbères eux-même ceux qui sont soumis corps et âme au système ou qui sont endoctrinés par l'islam. Tout cela aujourd'hui tu le sais, mais tu n'oses pas le dire.

Le premier obstacle à abattre est la dénomination du pays. Le mot "Maroc" ou "Al Maghrib" n'a rien d'Amazigh il est le symbole des colonialismes surtout du présent: l'arabo-musulman. Les Amazighs ne doivent pas le prononcer, leur pays s'appelle: "Tamourt" ou "Tamazirt" ou " Tamazgha " . Ces appellations sont également unificatrices des berbères.

Nos ancêtres les plus lointains n'ont jamais dit " je vais à Elmerroc" , mais ils disaient je vais à "tamazirt", c'est ce que disaient aussi le primo-arrivants berbères en France.

Un vrai Amazigh doit crier haut et fort partout où il se trouve "Tuddert I tamourtinou, tamazirtinou, brra ou exit Elmerroc d Dzaïr". c'est le début d'une action politique , et ce n'est même pas encore d'actualité.

 
 
 

 
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