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Interviews / Imsiwilen

Berbéritude, francité : même combat


 

Med Ouramdane Khacer est né dans un petit village de la Grande Kabylie, il y a 61 ans. Arrivé en France en 1970 en tant que réfugié politique, opposé au pouvoir algérien, ce vivace francoberbère n'a de cesse de se battre pour promouvoir sa double culture.
Il préside depuis 1985 l'association roubaisienne « Afus deg wfus », qui défend à la fois la berbéritude et les valeurs d'une république forte et formatrice.

Comment définiriez-vous l'identité nationale ?

Les deux éléments fondamentaux de l'identité nationale sont pour moi la laïcité et la langue française. La laïcité, car la définition de l'identité française ne peut en aucun cas être communautaire. Je défends avec ténacité ce principe, car en Kabylie, d'où je viens, il n'existe pas de confusion entre la sphère privée et la sphère publique. Il y a beaucoup de ressemblances entre la laïcité traditionnelle berbère et le principe laïc de la République française. La maîtrise de la langue de Molière est aussi fondamentale pour se dire et se sentir Français. Connaître la langue, c'est accéder à la culture, qui rend libre. C'est vraiment dommage que la France, en accueillant l'immigration, n'ait jamais cherché à susciter un intérêt pour la langue auprès des arrivants.

voulez-vous dire que la république a manqué à ses devoirs ?

Quand je suis arrivé en France, je n'ai pas reçu d'aide. Je suis autodidacte, et je suis arrivé avec une bonne maîtrise du français. Mais j'ai été très mal accueilli. Pour le francophone et francophile que j'étais, ça a été très difficile. Venu dans l'hexagone pour vivre avec ces valeurs républicaines qui grandissent l'homme, je me suis retrouvé sans accompagnement, à être « homme de peine », comme on disait à l'époque. Je graissais les machines, je balayais.. Mais je me suis aussi rendu compte que des Français « de souche » étaient illettrés et n'avaient pas reçu l'éducation qu'il fallait. Je dirais que la République, par le biais de l'école, doit reprendre son rôle éducatif. La France doit prendre conscience du phénomène de marginalisation qui touche la population immigrée. Beaucoup de jeunes sont discriminés.

Le débat actuel, relancé par eric Besson, va-t-il changer les choses ?

Si on veut que les jeunes qui sifflent la Marseillaise l'applaudissent demain, il faut leur donner un avenir. Il faut éduquer les familles, leur expliquer ce qu'est la laïcité. Il y a urgence, aujourd'hui, à former ces individus aux valeurs de la République.
Ce débat aurait pu être lancé dès les années 1970, à mon arrivée. Il n'est jamais trop tard, mais ça aurait dû être fait bien avant.

Comment cohabitent vos deux cultures ?

Quand j'étais encore en Algérie, je disais que la France était ma seconde patrie. Ici, c'est l'Algérie qui est devenue ma seconde patrie. En tant que franco-berbère, je suis fier de mes deux cultures. J'ai une vision dynamique de l'identité française, ouverte aux autres cultures. La culture berbère appartient à l'identité française. Il y a 2 millions de locuteurs berbères en France. Pourtant, il n'y a pas de chaire de langue berbère à Lille. Je veux que la langue et la culture berbère soient reconnues pour pouvoir donner aux enfants des repères d'identité. Je souhaite aussi que notre descendance soit reconnue comme entièrement française. La République doit lui laisser la place néces

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