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Nous ne reconnaissons plus aucun des symboles de l’Etat

La contestation reprend en Kabylie. Les représentants de l’Etat sont marginalisés. A présent, l’autonomie est clairement revendiquée. Akbou donne l’image d’une ville paisible : une cité de Petite Kabylie, à 70 kilomètres de Béjaïa, tout en pente, au coeur de la vallée de la Soummam verdoyante. Le soleil automnal rajoute au pittoresque. La foule vaque à ses occupations quotidiennes entre marché, terrasses de café et places publiques. Rien, au premier regard, ne semble évoquer les tragiques événements du Printemps noir [allusion aux émeutes qui avaient commencé en avril dernier après la mort d’un lycéen kabyle dans les locaux de la gendarmerie]. Mais au premier regard seulement. Les édifices brûlés sont des signes qui ne trompent pas. Les émeutes passées, la contestation demeure. Plus grave encore que les traces d’incendie, les graffitis appelant à “poursuivre la lutte”, les banderoles noires d’un deuil toujours porté et les quatre façades devenues aveugles des brigades de la gendarmerie nationale. Accusés d’être à l’origine des graves bavures ayant entraîné mort d’hommes, les gendarmes, à travers l’ensemble du territoire de la wilaya [préfecture] de Béjaïa, sont mis en quarantaine. Une fois franchi le barrage de Tazmalt (150 kilomètres à l’est de la capitale), surveillé par les forces combinées de l’armée de terre et de la gendarmerie, aucune présence de ce corps n’est visible. Ni sur les routes, ni en ville. Cette absence d’un corps militaire trahirait-elle un recul de l’Etat central dans la gestion des affaires quotidiennes de la cité ? Les réponses à cette interrogation, sensiblement différentes selon l’interlocuteur sollicité, révèlent cependant un malaise bien réel. A la permanence de la coordination intercommunale de la daïra [sous-préfecture] d’Akbou, la réponse ne souffre aucune ambiguïté. Pour Benkhallat Zahir, membre de l’intercommunale et délégué d’Akbou, “c’est une commune qui a toujours été à l’avant-garde de tous les mouvements. Nous avons perdu cinq des nôtres lors des émeutes. Tout a été saccagé. A présent, ce sont les aârouch [assemblées communales] qui gèrent le quotidien. En plus de la prise en charge par l’Etat, le comité de solidarité s’est occupé de l’évacuation des blessés et de l’acheminement des médicaments que nous envoient les Algériens résidant à l’étranger. Nous ne reconnaissons plus aucun des symboles de l’Etat. Nous allons exiger le départ du wali [préfet] et du chef de daïra. Il nous est arrivé d’arrêter des voleurs. Et même d’assurer la sécurité des transports de fonds, ceux des banques et de la poste, depuis Béjaïa jusqu’à Akbou. Nous sommes allés voir la police et nous leur avons dit que le choix leur était laissé entre leurs responsabilités et leur départ pur et simple. Ce n’est qu’à partir de la fin du mois d’août que la police s’est mise à assurer le minimum syndical.” Entre chien et loup, Akbou renoue, tel un rituel, avec les émeutes. Le soir venu, de jeunes gens, pierres dans la main, prennent d’assaut la caserne de la gendarmerie. Une pluie de pierres s’abat sur la bâtisse des militaires. Ceux-là, isolés dans leur unité depuis les événements du Printemps noir, lancent des grenades lacrymogènes pour dissiper le groupe composé d’une dizaine d’adolescents. Au matin, le chef de la brigade d’Akbou nous reçoit. L’officier, en civil, admet la difficulté de la situation présente. “Mais cela ne nous empêche pas de travailler normalement, dit-il. L’une des nouvelles contraintes, ce sont les déplacements que nous devons effectuer en voiture banalisée.” C’est par ce même type de véhicule, nous dit un membre de la permanence de l’intercommunale, que leur sont acheminés les ravitaillements. Quel doit être le sentiment des éléments de ces forces armées tant décriées, rejetées par la population, face à pareille situation ? Nous sommes allés chercher la réponse auprès du commandant du groupement de la wilaya. “Nous avons retiré nos éléments afin d’éviter l’affrontement avec des jeunes qui peuvent être endoctrinés, affirme-t-il. Nous reconnaissons qu’il y a eu des bavures. Nous avons procédé à l’assainissement de nos rangs. J’ai déféré devant la justice militaire cinq gendarmes auteurs de bavures. Ils sont en prison et attendent d’être jugés. 75 % des effectifs ont été mutés. Nous nous attachons à restituer la crédibilité que notre corps mérite et à rétablir la discipline dans nos rangs. Maintenant, la tension commence à baisser et les relations avec la population redeviennent normales.” Selon cet officier, “le retrait des gendarmes du terrain a également d’autres conséquences”. “Vous savez qu’un faux barrage s’est soldé ces derniers jours par la mort de deux cadres, un chef de daïra et un procureur. A cela il faut ajouter les accidents de la route, en nette progression, les vols, dont trois à gros butin, une incursion terroriste qui a fait deux morts, l’enlèvement de trois personnes Mais le phénomène le plus important reste celui du vol de sable. Maintenant que ces pilleurs savent qu’ils ne risquent pas de rencontrer les gendarmes, plus rien ne les arrête. Je me demande si ces voleurs ne seraient pas derrière la demande de notre départ.” Enfin, le chef du groupement tient à s’exprimer sur l’un des slogans du mouvement de contestation : “Comment peut-on dire ‘Darak watani irhab inani [Les gendarmes pratiquent ouvertement le terrorisme]’, alors que justement nous avons perdu des hommes dans la lutte antiterroriste ?” Depuis plusieurs mois, la Kabylie est ballottée entre la contestation, les affrontements et une autonomie maintenant clairement revendiquée. Samir Benmalek


Date : 2001-10-24
Source : Courrier international (24-10-01)

 


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