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Tamazighte: une culture et une civilisation
 
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L’évolution de la poésie Kabyle dans les œuvres anthropologiques de Mouloud Mammeri


En 1969 Mouloud Mammeri publia chez les Editions François Maspero: « Les Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand. »
Cette œuvre monumentale d’une valeur inestimable est enrichie par une traduction et une étude détaillée de la poésie du célèbre barde qu’était et est toujours Si Mohand Ou M’hand.

Le grand Mouloud Mammeri, par ce travail de recherche de longue haleine, met à la portée de tous les amoureux de la belle poésie un nombre important de poèmes qui étaient voués à la déperdition et à l’oubli. Désormais et grâce à notre grand homme de culture, la poésie de Si Mohand compilée dans un volume, occupera une place prépondérante dans toutes les bibliothèques de qualité où se côtoient les œuvres de Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire et Victor Hugo tous poètes contemporains de notre aède national.

Les ‘’ Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand, cet œuvre atteint l’apogée de riches poèmes et suivi d’une excellente traduction de celui qui était d’abord l’homme aux multiples qui toucha à tout.

Ce grand penseur nous a légué également une biographie exhaustive du barde universel de la famille Ath Hammadouche né en 1845 à Icheraïouen (Tizi-Rached) décédé à l’hôpital Saint-Eugénie de Michelet le 28 décembre 1906.
La biographie du célèbre poète qui fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb à Aseqif n Tmana Aïn El Hammam, ex-Michelet est déjà, par un travail de recherches que cela demanda, une œuvre à elle toute seule. Ce grand chercheur nous a tracé la vie du grand poète qu’il agrémenta d’une multitude de poèmes.

Selon ce père spirituel de la langue et de la culture amazighes qu’était Mouloud Mammeri, pour Si Mohand Ou M’hand la poésie n’était ni un métier, ni un destin, il ne l’avait ni cherchée, ni choisie, elle s’était imposée à lui. Il suffit de lire un poème pour s’apercevoir spontanément de sa fascinante simplicité, ce qui ne pouvait être le fait que d’un esprit supérieurement lucide, à la limite inespérée.

Comme disait Tahar Ben Jalloun : « L’âme d’un peuple peut s’exprimer dans la musique et le chant, dans la pierre ou les mythes. Celle des Kabyles a choisi le verbe. La parole a valeur fondamentale. Le poème dit a valeur éminente. Telle est la vocation et la tradition de la civilisation Kabyles. Les ‘’ Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand ’’ sont un recueil essentiel où le lyrisme personnel du poète acquiert une dimension universelle. »

Avec un ton Baudelairien, Mallarméen, ou à l’instar de Paul Verlaine et de Victor Hugo, Si Mohand Ou M’hand est un poète légendaire de tous les âges et de toutes générations sans distinction aucune.
Après la publication de l’ouvrage « Les Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand » en 1969, c’est au tour de la publication en 1980 d'un chef d’œuvre en poésie ’’ Poèmes Kabyles Anciens ‘’ qui vont se servir de détonation pour le printemps Amazigh de 80. Une poésie qui enflamma la revendication identitaire amazighe.

Dans ce livre ’’ Poèmes Kabyles Anciens ‘’ Mouloud Mammeri dit sa volonté de redonner toute sa force à la culture amazighe.
Cet éveilleur de conscience amazighe, de liberté et de démocratie a mis fin à la terreur de la plus grande dictature de l’époque.
L’interdiction de sa conférence sur la Poésie Kabyle Ancienne le 10 mars 1980 à l’université de Tizi-Ouzou Ouzou a fait que toute la Kabylie s’est levée pour crier son ras-le-bol et exprimer, pour la première fois, sa revendication de reconnaissance de Tamazight, des droits de l’homme et de la démocratie.

De l’implosion à l’explosion, l’interdiction de cette conférence avait déclenché quasiment une révolution culturelle, identitaire, sociale et la démocratie en Algérie dans les années 1980.

Ce fut la naissance du printemps amazigh et du réveil du sommeil du juste de l’opium et du bâton et le commencement de la démocratie en Algérie étouffée depuis 1962.

Et le fameux article 120 du parti monstrueux unique (FLN) et la dictature stalinienne, alerte d’un célèbre anthropologue sont anéantis pour les anthropophages qui ont sucé le pays jusqu’au veines.

Et le sommeil du juste se réveilla de l’opium et le bâton pour traverser la colline retrouvée.
Ce livre de 480 pages du célèbre écrivain pluridisciplinaire fera date.

Les événements du printemps amazigh de 1980 vont le prouver.

On trouve au début de la préface que l’anthropologie est arrivé sur le tard de ma vie.
Quelle modestie de ce défricheur de signes, pourtant il a commencé a badiné avec l’anthropologie dés son jeune âge en recueillant des poèmes très anciens, de Cheikh Mohand Ou Lhoucine et de Si Mohand Ou M’hand que des parents, proches ou amis récitaient par la suite il les transcrit dans des cahiers d’écoliers.

Son père Salem n At Mεemmeṛ qui lui a transmis le savoir était le disciple de Cheikh Mohand et un amusnaw (sage) surtout.
Tahar Ben Jalloun avait raison de dire : « Les poèmes recueillis dans ce livre souvent de la bouche du père de Mouloud Mammeri vivent, ils ont une valeur existentielle, ils font partie, écrit Mammeri, des réalités qui donnent un sens à l’existence du groupe qui les a crées et, à travers lui à mon existence.»

Mouloud Mammeri dans les '' Poèmes Kabyles Anciens '' avec le contexte descriptif par sa plume flamboyante et par la qualité de la traduction a su trouver une langue elliptique et simple à la compréhension directe de l'anthologie des poèmes anciens.
Le plus célèbre dans cet ouvrage est sans conteste Youcef-ou-Kaci l'amusnaw et grand poète de la tradition orale des Ait Jennad né aux environs de 1680.

Ce prince des poètes est l'amusnaw qui résout ou met fin à un conflit soit des gens entre eux ou d'un village à l'autre.
Un poète est un sage (Amusnaw), celui qui possède la sagesse (Tamusni) surtout dans la société Kabyle ou le poète est avant tout un homme d'honneur détenteur d'une sagesse qui est l'art et qui accomplit bien un devoir bien sollicité. Donc on lui a octroyé un pouvoir et une responsabilité dans la société quand on le sollicite ou on demande son point de vue.
La poésie Kabyle ancienne orale et savante, véhicule les canons et les idéaux d'une culture ancestrale. Malheureusement elle se perd avec la disparition des veilles personnes qui sont des riches bibliothèques. Comme disait l'adage:
« Lorsque un vieux meurt c'est une bibliothèque qui brule. »

Ce célèbre ethnologue et anthropologue mondialement connu, occulté et marginalisé dans son propre pays disait dans son livre qui a mis le feu aux poudres:

« Le temps n'est plus où une culture pouvait se tuer dans l'ombre, par La violence ouverte, et quelquefois avec l'acquiescement aliéné des victimes. En ce siècle de monde rapetissé, où les contraintes d’une civilisation technicienne tendent à niveler la vie des hommes, désormais la somme des variantes de civilisation fait peau de chagrin ; il n’est pas vain d’en pouvoir sauvegarder le plus grand nombre. »

Ce recueil est le plus complet des poèmes Kabyles pour rendre la poésie savante et populaire des poètes Kabyles. L’illustre écrivain a fait un travail d'enquête, de recherches ethnologiques, anthropologiques, ethnographique et philologiques dont il était l'artisan de ses disciplines scientifiques pour établir ce recueil très riche et le confier aux futures générations et à la mémoire du patrimoine de la culture amazighe.

Une poésie ésotérique, des poèmes épiques, lyriques, politiques, hagiographiques, gnomiques de l'ancienne société de Kabylie recueillie par le patriarche avant que la mort ne les happe.

Un recueil de poèmes très anciens jusqu'à la fin du 18ème siècle qui servent de proverbes, de sentences, conseils...
Nos aèdes avec leurs poèmes ont fait d'un mythe une réalité.

Les vers poétiques servent d'ornements et d'arguments comme disait Mouloud Mammeri : « Chez nous, on cite des mots, une grande partie de la culture berbère est faite de cela. Une seule phrase suffit parfois à résoudre une situation difficile. »
Avec asefru qui veut dire '' Fru'' trier ou distinguer, le poète est celui qui élucide les choses. Avec un poème mis en proverbe, on résout un conflit ou une situation inextricable.

Mouloud Mammeri l'un des doyens des écrivains algériens et pionnier d'une révolution culturelle disait dans ce livre: « Il est temps de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe. Tant qu’encore s’entendait le verbe qui, depuis plus loin que Syphax et que Sophonisbe, résonnait sur la terre de mes pères, il fallait se hâter de le fixer quelque part où il pût survivre, même de cette vie demi-morte d’un texte couché sur des feuillets morts d’un livre. »

Mouloud Mammeri l'homme éloquent comme disait le proverbe Kabyle:‘’ Bu yiles medden akk ines ‘’ « Qui a l’éloquence a tout le monde à lui », à voulu transmettre le savoir et le message de nos aèdes les maitres de la parole. Il disait:
« J’ai conscience d’œuvrer dans une période de transition, où certaines possibilités, peut-être certaines audaces me font défaut. Mais j’ai espoir de préparer le lit à des desseins plus radicaux et qu’un jour la culture de mes pères vole d’elle-même.»
Ouvrage très riche d'une pléiade de grands poètes, des amusnaw (Sages) qui sont les portes paroles, des tribuns qui transmettent le savoir de bouches à oreilles.

Textes berbères suivis d'une excellente traduction on trouve: une superbe introduction de 51 pages, une lettre pour Mouhand Azwaw, Youcef-ou-Kaci et son fils Ali ou Youcef, Mouh Ait Messaoud, le temps des cités avec le forgeron d' Akalous, les poèmes de Larbi Ait Bejaoud, Lhadj Mokhtar Ait Said, Apologues avec (Mohand ou Ramdane Ait Nabet, Amar Azkouk, Mhend Said Ait Elhadj, Cheikh ou Belkacem, Sidi Rabia Ait Sidi Amar), Sidi Qala, l'histoire de la perdrix et l'histoire des oiseaux, Ali Amrouche, Mammar des Ihesnawen, légendes religieuses avec: (Le sacrifice d'Abraham, l'histoire de Joseph, la mort de Moïse, la légende du chameau), la foi avec: (Ahmed Arab d'Ighil Hemmad, Yemma Khedija, Sidi Mhemmed ou Saadoun, Hadj Mohand Ouachour, la résistance à la conquête coloniale, Mohand Said Ait Melikeche, Hadj Rabah, Mohand Moussa des Ait Ouaguennoun et la révolte de 1971.
Le troisième ouvrage est : ‘’ Inna-yas Cheikh Mohand ’’ sorti deux mois après sa mort en 1989 aux éditions Inna-yas à Alger.
Cheikh Mohand Ou Lhocine considéré par Mammeri Socrate, est un saint et grand poète avec un héritage culturel contenu dans ses dits, exprimé dans une langue poétique.

Il a marqué la société Kabyle par la sagesse, ses actions, ses prophéties. Réputé pour sa grande culture et sa connaissance des sciences traditionnelles comme un amusnaw il a joué un rôle essentiel dans la pensée kabyle de l’époque.
Il s’est imposé comme révélateur de valeurs morales à l’échelle de toute la Kabylie. Sa poésie est également empreinte du thème de la résistance et du courage.

D’après Mouloud Mammeri il est né en 1838 à Ait Ahmed, un petit hameau du village de Taqqa dans la tribu des Ait Yahya région de Michelet décédé en 1901.

Sans agressivité ni fanatisme, Mouloud Mammeri restitue les morceaux d’une culture menacée ou du moins écartée de l’expression libre.

Il reconnait que des révisions s’imposent, En tout cas, ce patrimoine oral autrefois, écrit à présent ne peut être ignoré ou souscrit de l’identité et l’être algérien.

Un grand merci à:

Cet humaniste et défricheur de signes,
Ce précurseur et immense érudit,
Qui nous a transmit le testament identitaire
et culturel.
Ce démocrate impénitent et pionnier solitaire,
Armé d’une immense culture.
Cet éminent chercheur pluridisciplinaire.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Symbole de la sincérité et de l’humilité,
Symbole de la vérité et de la démocratie en Algérie,
Symbole de liberté et de la cause amazighe,
Symbole de la résistance et de la fraternité,
Symbole des cultures et des causes justes.

YAHIA YANES. (Poète et écrivain, chercheur en langue et culture amazighes)


Auteur: YAHIA YANES
Date : 2013-08-15

 


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Commentaire N° : 1
Par: GAIA Le : 2013-12-26
Titre: akwit-ed g tnafa a imazighen
Pays: United States  

azul a imazighen merra, assegwas amgaz, ssaramagh awen yennayer igarzen amgaz.
nous les amazigh où que nous vivons devrons se mettre tous à la recherche de notre patrimoine culturel et linguistique. je lance cet appel même au non specialiste de la recherche academique, de faire des recherches personnel pres de vos entourages, afin d\'ecrire et sauvegarder ce qui reste des poemes anciens, textes, contes, proverbes, devinettes, etc.
nous avons le devoir et la responsabilité d ecrire sur notre langue et culture amazigh pour les generation futur.nous avons dejà bocoup perdu de ce tresor (agarrouj).
imazighen, reveillez vous, essayez d immiter ces grand hommes tel, da lmouloud at maammar, kateb yecine, matoub lounes, mouhend ouharon et boucoup d autres.concentrons nous sur comment devloper tamazight et laissons la haine de côté.
je vous demande d avoir un temps de pensée pour tout ceux et celles qui ont milité pour tamazight et la democratie.
assegwas amgaz 2014 / 2964, saramgh awen talwit tzmart .
 
 
 

 
Commentaire N° : 2
Par: katia Le : 2014-03-07
Titre: l'arabe a la classe
Pays: Algeria  

bzaf hatta a la classe
 
 
 

 
Commentaire N° : 3
Par: kamel Le : 2015-01-25
Titre: tamazight deg gharvaz
Pays: United States  

Á Katia, je vous repond que j avoue que c est trop chargé, mais ce proble est politique et sa solution est politique, les pouvoirs se doivent de respecter les cultures et langue autochtone, ils devaient enlever le statut facultatif de tamazight afin qu elle soit prise au serieu par les etudiants.les gens au pouvoir pensent avec des mentalités archaique, ils ne connaissent pas les valeurs democratique, ils ne connaissent que la violence.
Esperons que les choses changeront dans le future.
 
 
 

 
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