Arabe
English
 
 
Tamazighte: une culture et une civilisation
 
 Poésie
 Traditions
 Yennayer
 Langue
 Environnement
 Religions
 Contes
 Activités culturelles
 Prénoms amazighs
 Tadsa/ Rire
 Histoire
 Bibliothèque
 Dictionnaire
 Toponymie
 Centre de telechargement

Observatoire de la presse

"Poèmes Kabyles Anciens" et "Mouloud Mammeri": La poésie qui enflamma la revendication identitaire amazighe en 1980


« Bismilleh annebdu lḥaṣun
A lḥadeq ttḥessis
Kkateγ lmaεni s rrzun
Ssakwayeγ lğis
Ma d zzaεayem-nni ten-ittṛağğun
Issen deg ul-is. »

Yusef-u-Qqasi.

« Au nom de Dieu, je vais commencer
Que l’avisé m’écoute
Je compose les apologues avec art
J’éveille le peuple
Moi le preux qui place mes espoirs
Et ma confiance en lui. »

Youcef-ou-Kaci. (Traduction de Mouloud Mammeri)

Ce prince des poètes disait qu’un poète est celui qui mobilise le peuple. Il rétorqua avec :

« Ṛebbi ay lmeḥduṛ
Taqisiḍt a tt-nebdu γef lfa
Smuzgutet fehmet lehduṛ
A ken-sseγreγ di lmaεrifa
Ard awen-berrzeγ lumuṛ
Am yedrimen di sselfa. »

Yusef-u-Qqasi.

« Par Dieu assistants
Ce poème je vais le préluder en ‘’ Fa’’
Prêtez-moi l’oreille comprenez mes dits
Je vous enseignerai la sagesse
Je ferai pour vous toutes choses
Aussi que des pièces de monnaie dans une bourse. »

Youcef-ou-Kaci. (Traduction de Mouloud Mammeri)

Après la publication d’un article concernant l’ouvrage : ''Poèmes Kabyles Anciens de Mouloud Mammeri'' chez François Maspero à Paris au journal de Libération le 14 février 1980 du célèbre sociologue et ethnologue français Pierre Bourdieu grand ami de l’Algérie et de Mouloud Mammeri qui publia un chef d’œuvre en poésie ’’Poèmes Kabyles Anciens‘’ qui vont se servir de détonation pour le printemps Amazigh de 1980.

Le même journal consacra aussi des interviews le 02 mars de la même année au célèbre écrivain mondialement connu, occulté et marginalisé dans son propre pays, l’Ane-gérie des uns et L'Algérie des autres .
Dans ce livre il dit sa volonté de redonner toute sa force à la culture amazighe.

Cet éveilleur de conscience amazighe et de l’humanité, liberté et de démocratie a mis fin à la terreur de la plus grande dictature causée par les plus grands corrompus et criminels de toute l’histoire de l’humanité.

Ces dictateurs criminels de l’humanité, ont atteint l’apogée du mensonge et de la langue de bois, ils ont falsifié l’histoire de l’Afrique du Nord, ont étouffé la langue et la culture amazighes, marginalisé et arabisé le peuple premier, sans parler des assassinats et emprisonnements de tous ceux qui se réclamaient et défendaient leur identité amazighe dans leurs propres fiefs.
L’interdiction de la conférence du célèbre anthropologue et ethnologue Mouloud Mammeri sur la Poésie Kabyle Ancienne le 10 mars 1980 à l’université de Tizi-Ouzou Ouzou a fait que toute la Kabylie s’est levée pour crier son ras-le-bol et exprimer, pour la première fois, sa revendication de reconnaissance de Tamazight, des droits de l’homme et de la démocratie.
De l’implosion à l’explosion, l’interdiction de cette conférence avait déclenché quasiment une révolution culturelle, identitaire, sociale et la démocratie en Algérie en 1980. Ce fut la naissance du printemps amazigh et du réveil du sommeil du juste de l’opium et le bâton et le commencement de la démocratie en Algérie étouffée depuis par 1962.

Le fameux article 120 du parti monstrueux unique (FLN) et la dictature stalinienne, alerte d’un célèbre anthropologue sont anéantis pour les anthropophages qui ont sucé le pays jusqu’au veines.

Et le sommeil du juste se réveilla de l’opium et le bâton pour traverser la colline retrouvée.
Cet éminent linguiste et des sciences humaines et sociales disait : « Le ‘’ printemps berbère de 1980 ’’ réalisait l’Acte 1 de la liberté pour le peuple algérien, une liberté frappée d’interdit depuis que les hommes, qui avaient par milliers sacrifié leur vie pour elle n’étaient plus là pour le faire savoir.

Il faudra que d’autres algériens viennent, au prix de leur vie, rappeler que l’idéal pour lequel leurs aînés étaient tombés n’était point mort. Si les voix d’avril 1980 avaient étaient entendues, elles auraient épargné les drames d’octobre 1988.
Il aura fallu un quart de siècle de tragédie inutile pour que l’histoire de notre pays soit enfin remise sur les rails qu’elle n’aurait jamais dû quitter, un quart de siècle pour qu’on reconnaisse que depuis toujours, à travers des croyances, des idéologies, des cultures et des civilisations différentes, la Berbérie est le pays des Amazighs, c'est-à-dire des hommes libres.
Construire le Maghreb c’est reconnaître sa berbérité, non pas seulement comme un élément du passé, mais comme une composante essentielle du présent.

A l’heure où, à travers la planète tout entière, la revendication de la démocratie est devenue une exigence première, la reconnaissance de la berbérité est le test décisif de la démocratie du Maghreb.
La cause de la démocratie et celle de la berbérité sont indissolublement liées : être pour l’une, c’est être pour l’autre inconditionnellement !

Quand les berbères défendent les droits à leur culture et à leur liberté, ils défendent les droits et la liberté de tous les hommes, de toutes les femmes du Maghreb. » .

Revenons à la revendication d’un peuple écrasé par des dinosaures du seul parti unique et inique qui ont mis le pays à plat ventre.

Ce livre de 480 pages du célèbre écrivain pluridisciplinaire fera date.

Les événements du printemps amazigh de 1980 vont le prouver.
On trouve au début de la préface que l’anthropologie est arrivé sur le tard de ma vie.
Quelle modestie de ce défricheur de signes, pourtant il a commencé a badiné avec l’anthropologie dés son jeune âge en recueillant des poèmes très anciens, de Cheikh Mohand Ou Lhoucine et de Si Mohand Ou M’hand que des parents, proches ou amis récitaient par la suite il les transcrit dans des cahiers d’écoliers.

Son père Salem n At Mεemmeṛ qui lui a transmis le savoir était le disciple de Cheikh Mohand est un amusnaw (sage) surtout.
Tahar Ben Jalloun avait raison de dire : « Les poèmes recueillis dans ce livre souvent de la bouche du père de Mouloud Mammeri vivent, ils ont une valeur existentielle, ils font partie, écrit Mammeri, des réalités qui donnent un sens à l’existence du groupe qui les a crées et, à travers lui à mon existence.»

Ce grand professeur à l'université d'Alger et directeur du (Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques) publia aussi des chefs d’œuvres en poésie, les ‘’ Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand ’’ en 1969 chez François Maspero à Paris et ‘’ Inna-yas Cheikh Mohand ’’ sorti deux mois après sa mort en 1989 aux éditions Inna-yas à Alger.

Mouloud Mammeri dans les '' Poèmes Kabyles Anciens '' avec le contexte descriptif par sa plume flamboyante et par la qualité de la traduction a su trouver une langue elliptique et simple à la compréhension directe de l'anthologie des poèmes anciens.
Le plus célèbre dans cet ouvrage est sans conteste Youcef-ou-Kaci l'amusnaw et grand poète de la tradition orale des Ait Jennad né aux environs de 1680.

Ce prince des poètes est l'amusnaw qui résout ou met fin à un conflit soit des gens entre eux ou d'un village à l'autre.
Un poète est un sage (Amusnaw), celui qui possède la sagesse (Tamusni) surtout dans la société Kabyle ou le poète est avant tout un homme d'honneur détenteur d'une sagesse qui est l'art et qui accomplit bien un devoir bien sollicité. Donc on lui a octroyé un pouvoir et une responsabilité dans la société quand on le sollicite ou on demande son point de vue.

La poésie Kabyle ancienne orale et savante, véhicule les canons et les idéaux d'une culture ancestrale. Malheureusement elle se perd avec la disparition des veilles personnes qui sont des riches bibliothèques. Comme disait l'adage: « Lorsque un vieux meurt c'est une bibliothèque qui brule. »

Ce célèbre penseur universel marginalisé dans son propre pays disait dans son livre qui a mis le feu aux poudres:
« Le temps n'est plus où une culture pouvait se tuer dans l'ombre, par La violence ouverte, et quelquefois avec l'acquiescement aliéné des victimes. En ce siècle de monde rapetissé, où les contraintes d’une civilisation technicienne tendent à niveler la vie des hommes, désormais la somme des variantes de civilisation fait peau de chagrin ; il n’est pas vain d’en pouvoir sauvegarder le plus grand nombre. »

Ce recueil est le plus complet des poèmes Kabyles pour rendre la poésie savante et populaire des poètes Kabyles. L’illustre écrivain a fait un travail d'enquête, de recherches ethnologiques, anthropologiques, ethnographique et philologiques dont il était l'artisan de ses disciplines scientifiques pour établir ce recueil très riche et le confier aux futures générations et à la mémoire du patrimoine de la culture amazighe.

Une poésie ésotérique, des poèmes épiques, lyriques, politiques, hagiographiques, gnomiques de l'ancienne société de Kabylie recueillie par le patriarche avant que la mort ne les happe.
Un recueil de poèmes très anciens jusqu'à la fin du 18ème siècle qui servent de proverbes, de sentences, conseils...
Nos aèdes avec leurs poèmes ont fait d'un mythe une réalité.

Les vers poétiques servent d'ornements et d'arguments comme disait Mouloud Mammeri : « Chez nous, on cite des mots, une grande partie de la culture berbère est faite de cela. Une seule phrase suffit parfois à résoudre une situation difficile. .. Dans le parler berbère de Kabylie poésie se dit: Asefru qui étymologiquement veut dire : éclaircissement, solution…On connait en diverses cultures l’exemple de poètes dont le génie a si bien coïncidé avec celui du peuple dont ils étaient que très vite, ils en sont devenus la voix et comme le symbole.

Il a le privilège du don, il sait trouver les mots, porter à la lumière les obscures voix que chacun entend en soi sans savoir les rendre ; chacun trouve à ses vers le fraternel accent où il lit son cœur propre, magnifié de la beauté du verbe, qui rehausse la joie ou exorcise le malheur. On s’habitue à la fin tellement à entendre rendus par les sentiments de tous qu’on finit par lui attribuer indistinctement toutes les créations de valeur. Il est devenu plus qu’un héraut, un symbole. »

Le célèbre écrivain, poète et journaliste Jean Lmouhoub Amrouche disait que:
« Le poète Kabyle, est celui qui a le don d’asefrou, c’est à dire de rendre claire, intelligible ce qui ne l’est pas. Il voit au fond des âmes obscures, élucide de ce qui les angoisses et le restitue dans la forme parfaite du poème...L’écrivain, le poète, a une fonction bien déterminée dans la hiérarchie sociale berbère. Il est marqué d’un signe ambivalent, tantôt positif tantôt négatif. Mais quelles que soient les vicissitudes temporelles de sa destinée, il est pour son peuple, qui ne le reconnaît pas forcement, le porteur de clarté.
Il lit et traduit en langage clair les remous profond de l’avenir dans le ventre du présent. Et sa mémoire fut le conservatoire du Passé commun. »
Avec asefru qui veut dire '' Fru'' trier ou distinguer, le poète est celui qui élucide les choses.
Avec un poème mis en proverbe, on résout un conflit ou une situation inextricable.
Mouloud Mammeri l'un des doyens des écrivains algériens et pionnier d'une révolution culturelle disait dans ce livre: « Il est temps de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe.

Tant qu’encore s’entendait le verbe qui, depuis plus loin que Syphax et que Sophonisbe, résonnait sur la terre de mes pères, il fallait se hâter de le fixer quelque part où il pût survivre, même de cette vie demi-morte d’un texte couché sur des feuillets morts d’un livre. »

Mouloud Mammeri l'homme éloquent comme disait le proverbe Kabyle: « Bu yiles medden akk ines » a voulu transmettre le savoir et le message de nos aèdes les maitres de la parole. Il disait: « J’ai conscience d’œuvrer dans une période de transition, où certaines possibilités, peut-être certaines audaces me font défaut. Mais j’ai espoir de préparer le lit à des desseins plus radicaux et qu’un jour la culture de mes pères vole d’elle-même.»
Ouvrage très riche d'une pléiade de grands poètes, des amusnaw (Sages) qui sont les portes paroles, des tribuns qui transmettent le savoir de bouches à oreilles.

Je paraphrase ce célèbre penseur, chercheur et auteur de ce chef d’œuvre qui disait : « Celui à qui on demande ces connaissances, c’est le ‘’ sage ’’, l’amousnaw.

Mais l’amousnaw et le poète sont souvent une seule et même personne qui a en même temps une maîtrise des mots et un savoir pratique : il doit répondre à des questions d’ordre tout à fait matériel ; dans le domaine médical, mais également pour le calendrier des travaux agricoles, la construction d’un pressoir... »

Textes berbères suivis d'une excellente traduction on trouve: une superbe introduction de 51 pages, une lettre pour Mouhand Azwaw, Youcef-ou-Kaci et son fils Ali ou Youcef, Mouh Ait Messaoud, le temps des cités avec le forgeron d' Akalous, les poèmes de Larbi Ait Bejaoud, Lhadj Mokhtar Ait Said, Apologues avec (Mohand ou Ramdane Ait Nabet, Amar Azkouk, Mhend Said Ait Elhadj, Cheikh ou Belkacem, Sidi Rabia Ait Sidi Amar), Sidi Qala, l'histoire de la perdrix et l'histoire des oiseaux, Ali Amrouche, Mammar des Ihesnawen, légendes religieuses avec: (Le sacrifice d'Abraham, l'histoire de Joseph, la mort de Moïse, la légende du chameau), la foi avec : (Ahmed Arab d'Ighil Hemmad, Yemma Khedija, Sidi Mhemmed ou Saadoun, Hadj Mohand Ouachour, la résistance à la conquête coloniale, Mohand Said Ait Melikeche, Hadj Rabah, Mohand Moussa des Ait Ouaguennoun et la révolte de 1971.

Sans agressivité ni fanatisme, Mouloud Mammeri restitue les morceaux d’une culture menacée ou du moins écartée de l’expression libre Il reconnait que des révisions s’imposent, En tout cas, ce patrimoine oral autrefois, écrit à présent ne peut être ignoré ou souscrit de l’identité et l’être algérien.

YAHIA YANES. (Poète et écrivain, chercheur en langue et culture amazighes)


Auteur: YAHIA YANES
Date : 2014-02-04

 


Suivez-nous sur Facebook
 

 
Communiquer
Partager sur Facebook avec vos amis-es
 
 
La plume de YAHIA YANES
Envoyer l'article à un ami
Article lu 17765 fois

 

 

Les commentaires

Important :Prière de noter que les commentaires des lecteurs représentent les points de vue de leur auteurs et non pas d’AmazighWorld; et doivent respecter la déontologie, ne pas dépasser 6 à 10 lignes, critiquer les idées et non pas les personnes, êtres constructifs et non destructifs et dans le vif du sujet.

 

 
Commentaire N° : 1
Par: sara allami Le : 2016-04-05
Titre:
Pays: Morocco  

J'ai aimé ce poéme  
 
 

 
Commentaire N° : 2
Par: tafat boussaid Le : 2016-12-27
Titre:
Pays: Algeria  

c'est formidable j'ai beuacoup apprécié ces poèmes  
 
 

 
Commentaire N° : 3
Par: Marion Le : 2017-04-30
Titre: Ayatmaten
Pays: Algeria  

C'est magnifique j'adore la kabyle et sa culture malgrès que je suis francaise d'origine mais j'éssaye a apprendre kabyle et j'entends ces chanson  
 
 

 
Votre commentaire ici :
Nom
Email (votre email ne sera pas affiché)
Titre
Commentaire
  Sécurité : copier le code suivant 6g4wmliu ici :  
 
 

 
Les corbeaux
Avant vous, nous étions en harmonie ;
Car, nous somme un peuple civilisé,
Nous vivions en liberté ;
Comme des aigles au ciel du paradis,
Mais vous êtes venus ! Ô les corbeaux !
... Lire la suite - - Auteur: Nasser Baha - Date : 2016-08-26

 

 
«TTiyt» , le chant Amazigh
Mon arrière grand-mère Yamna Ou Malk ,tanddamt, poétesse qui jouait de taguenza, tambourin, avait sa propre troupe mixte de jeunes , qu’elle entraînait chaque soir à l’anrar, lieu de dépicage sacré près de notre agrram et arganier sacré, s’est trouvée, lors d’un mariage, face à une troupe de danse d’ahwach de noirs .l’Anddam et poète de la troupe noire a commencé le premier et il a improvisé quelques vers qui ont un peu dérangé ma grand-mère et elle a réagi par ces vers qu’a retenu mon oncle paternel ...... Lire la suite - - Auteur: Mohammed Hifad - Date : 2016-06-22

 

 
Le chant amazigh ancien : Rais Mouhamad Ou Tassourt!
Ce Raïs est originaire de Boutazarte , un village qui se trouve à deux kilomètres de mon village natal Foulouste et où j'habite actuellement .... Lire la suite - - Auteur: Mohammed Hifad - Date : 2016-06-20

 

 
Chants amazighs sur les opérations de 1931–1932
Ces chants sont l’œuvre des « dissidents » amazighs qui ont résisté à la pénétration coloniale française au début du XX ème siècle. Leur valeur documentaire est incontestable. Ils nous informent sur la progression de la machine de guerre coloniale dans le Maroc Central principalement. Les noms des héros, des saints et des lieux nous permettent de suivre l’évolution des opérations, appréhender l’identité des soldats engagés par la France, connaître le type d’armes utilisées.... Lire la suite - - Auteur: Moha Moukhlis - Date : 2014-11-30