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« Ijja tessn Rbbi, Rbbi iessn Ijja !» (Ijja connait Dieu, Dieu connait Ijja!)


Une vieille femme amazighe analphabète, n’ayant pas pu apprendre de versets pour faire ses prières , a retenu juste les gestes qu’il faut répéter lors de chaque prière.

Mais elle ne comprend pas un seul mot en arabe pour qu’elle puisse retenir les versets récités lors de chacune des cinq prières des Musulmans.

L’être humain est un être spirituel qui ne peut se passer de spiritualité et même l’athéisme est une forme de spiritualité. Pour satisfaire donc un besoin inné chez elle, elle a créé son propre verset qui consiste à accompagner les gestes de sa prière par ceci : « Ijja tessn Rbbi, Rbbi iessn Ijja !»( Ijja connait Dieu, Dieu connait Ijja ! »
Ijja, c’est son prénom qui signifie « parfumé ».

Cette femme ne connait et ne comprend que ce qu’elle voit et, comme pour tous les Africains, la prière et la religion sont utilitaires et tiennent du concret et non de l’abstrait.

Comme ses Ancêtres, elle ne croit pas en un Dieu qu’elle ne connait pas mais elle connait et comprend la moindre manifestation concrète de l’un des attributs de Dieu, ou qu’on lui attribue , tant qu’il est évident et n’exige aucune explication.

Cette simple phrase, dite dans sa langue maternelle, avec sincérité et du fond de son cœur, vaut mille fois le verset d’un prophète, d’une religion et d’un Dieu qui lui sont inconnus et étrangers.

Dans sa simplicité, cette femme donne une leçon en matière de prière, de religion et de croyance en un Dieu à tous les polythéistes et les monothéistes réunis. La prière ne doit pas être dictée de l’extérieur au prieur : c’est à lui de créer la tienne, qui ne regarde que lui et la Divinité à laquelle il la confie, en toute discrétion.

Pour la spiritualité africaine: "on ne vous demande pas de croire mais de connaitre et de comprendre".

La religion est utilitaire et il n'existe pas de prière au sens que lui donnent les monothéistes mais ce sont des doléances pour résoudre nos problèmes du moment. On ne "connait" pas Dieu mais justes ses manifestations et certains de ses attributs.

Pour nous, une Tagrramte ou un Agrrame, prêtresse ou prêtre, femme ou homme des dieux ou de Dieu, n’est considérée comme telle/tel qu’une fois que les gens ont vu de leurs propres yeux qu’elle/il a un pouvoir certain que les autres n’ont pas.

Par crainte de sa "tagat", malédiction, ou respect tout simplement, les gens la/le vénèrent de son vivant et après sa mort, viennent lui demander de bénir tout ce qu’ils entreprennent dans leur vie, en lui apportant des offrandes.

Les monothéistes successifs au Maroc ont corrompu ces Tiggrramines et Iggrramnes analphabètes et les ont ralliées à leur cause pour convertir celles et ceux qui les suivent et sont persuadés de leurs pouvoirs, qui n’ont aucun lien avec la religion des polythéistes et des monothéistes.

Par exemple, il y a un Agrrame dans un village à côté du mien, très réputé pour ses pouvoirs incroyables. Il n’y a pas longtemps , une veuve a donné sa fille en mariage au fils de cet Agrrame. Ni cette femme ni sa fille ne peuvent refuser cette demande en mariage de la part du fils de l’Agrrame, par peur qu’il ne leur arrive malheur.

Cet Agrrame, pour satisfaire le désir de son fils, est allé vendre la selle de sa monture au souk pour préparer à manger à celles et ceux qui vont accompagner la mariée. Agrrame a prié la mère de cette fille de ne pas faire accompagner la mariée par plusieurs personnes.

Le jour du mariage, cette femme est arrivée chez lui avec tout un camion de paysans, tous des membres de sa famille et ne peut pas leur dire de ne pas venir. En arrivant, il détache la génisse que cette femme a donné comme cadeau de mariage pour sa fille et la laisse aller vers la forêt.

Il dit alors à cette femme que puisqu’elle n’a pas respecté ce qu’il lui a dit, ce sera la dernière fois qu’il mettra les pieds chez lui et la maudit devant tout le monde.

Cette femme est tombée malade une semaine après et n’est plus jamais revenue chez lui, comme il le lui a prédit.Il n’y a pas longtemps, l’un de ses fils, qui travaille dans un hôtel à côté de leur village, est agressé de nuit par le fils d’un capitaine de la gendarmerie et le gardien de leur villa. Personne ne sait pourquoi.

Agrrame a soigné son fils et n’a pas osé déposer plainte contre le fils du capitaine. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi, il a répondu qu’il ne peut rien contre ce capitaine encore en exercice, qui peut tout falsifier pour protéger son fils.
Agrrame ajoute, en dénouant son long turban, en signe de malédiction, que si son grand-père les lâche, c’est-à-dire, le capitaine, son fils et leur gardien, lui aussi il les lâche, la mort dans l’âme.

Une semaine après, le fils du gendarme a heurté avec sa moto, en pleine vitesse, un poteau électrique à l’entrée de la ville et il est mort sur le coup. Le capitaine, quelques jours après, revenant d’Agadir, a fait un accident et il est mort sur le coup également.

Le gardien est devenu fou et il a quitté le village.

Agrrame est venu une fois chez un voisin et voyant dans la cour des coqs, il le prie de lui offrir un. Mon cousin, un ancien combattant qui a fait la deuxième guerre mondiale, en Indochine et en Allemagne, ne croit pas à ces balivernes, lui répond que lui aussi est un Agrrame qui ne peut rien donner à son confrère et égal.

Au moment de partir, ils trouvent un gros coq pour lequel le chien vient de couper la tête. Mon cousin, s’avouant alors vaincu, dit à sa femme de donner un coq pour l’Agrrame.

Un Agrrame pour les Amazighs n’est pas forcément un religieux mais juste une personne qui a des pouvoirs extraordinaires attestés par tous les gens de son entourage.

Parfois, il n’a pas ces pouvoirs mais il est tellement bon et sage que tout le monde le vénère, lui demande conseil et bénédiction et vont jusqu’à dormir près de sa tombe pour le rencontrer dans leurs rêves et continuer à lui demander conseil et bénédiction.

J’appartiens, selon les villageois eux-mêmes, à cette deuxième catégorie des Igrramnes.

Ce pouvoir que possède ces femmes ou hommes est l’une des manifestations ou un attribut de Dieu selon les monothéistes .

Tagrramte ou Agrrame n’est pas une déesse ou un dieu pour les Amazighs, ni une chrifa ou chrif, au sens que lui donnent les Arabes musulmans.

C’est une femme ou un homme, à qui une force supérieure inconnue, a donné des pouvoirs extraordinaires et elle/il est respecté.e et à travers elle/lui, ils respectent la force ou les forces qui lui ont octroyé ces pouvoirs extraordinaires, qui ont fait leurs preuves à leurs yeux, et n’ont pas besoin d’être expliqués ou justifiés.

Foulouste.
Mercredi 21 mars 2018.


Auteur: Mohammed Hifad
Date : 2018-03-21

 


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