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DADS, DE L’ORGANISATION SOCIALE TRADITIONNELLE A LA DOMINATION COLONIALE XIX° - XX° SIECLES

« L'espace est porteur de toutes les formes de comportements politiques, culturels, cultuels et socio-économiques des plus variés.

C'est à ce niveau que son occupation et surtout son organisation et sa conceptualisation revêtent toute leur importance et prennent toute leur signification réelle.

Le choix de l'espace est singulier dans la pluralité de ses facettes les plus notoires. Le terme est anodin. Il est pourtant d'une acception profonde. Il est le substratum de toutes les vies et de tous les espaces que nous côtoyons tous les jours. Le cerner dans toutes ses composantes est encore moins aisé.

L'Histoire, la politique, l'économique et le social pour se parfaire, doivent se conjuguer dans certains espaces. Ils sont variés. Ils sont uniformes. Les protagonistes tentent de concilier les différentes composantes de cet espace. La tâche est d'envergure. Elle implique des variables consistantes et des acteurs imprévisibles.

L'occupation et l'organisation de cet espace multiforme se clarifient à travers certains outils d'investigation auxquels nous tenterons de donner la parole pour s'exprimer et, à travers eux, des acteurs laissés aux marges de l'histoire, une histoire locale et singulière mais à dimension plurielle.

Le choix de cette recherche a été fait pour plusieurs raisons. D'abord, la région revêt une importance capitale. Elle a connu dans sa trajectoire historique deux grandes métropoles : Tafilalt et Dra. Le Dads faisait alors la jonction des deux. Sa position géographique est hautement stratégique, donc convoitée par différents groupements humains qui se sont servis de plusieurs stratégies pour la légitimation de son occupation. Ensuite, la configuration est caractéristique. Plusieurs «tribus» de filiations différentes s'y installèrent à différentes époques en repoussant vers d'autres horizons tout ou partie des populations antérieures. Les premiers occupants (les haratines, les juifs et autres), et ensuite les Sanhaja Ayt 'Atta, les Zénètes Ayt Seddrate, les Imghrane, les Ayt Yaflemane en amont, les Arabes Ma'qil en aval) s'y fixèrent à différentes époques de son histoire.

Enfin, étant donné que la région n'a pas été suffisamment prospectée, nous avons pris le risque d'ouvrir « le bal » et de poser plusieurs problématiques dans le but de « déranger » quelque peu les écosystèmes de la recherche dans les domaines des différentes branches en relation avec les sciences sociales et, partant, mettre à la disposition des jeunes et moins jeunes chercheurs une documentation locale (de certains villages du Dads) de première main.

Il ne serait pas inutile de préciser deux éléments qui nous semblent d'importance :

Ces recherches datent de plus d'un quart de siècle et devraient faire l'objet d'une Thèse d'Etat inscrite en 1984 au fichier central des thèses en France.  Ce projet supervisé par Mme Annie Goldzeiguer, Mme Magali Morsy et M. Jean Dresch n'a pas abouti en raison de mes obligations professionnelles.

Toutefois, une partie de ces recherches ont fait auparavant l'objet de la soutenance en 1984 d'une thèse de doctorat de troisième cycle élaborée sous la direction des trois Professeurs précités sous le titre : La trajectoire historique d'une  famille du Maroc méridional  à travers l'étude de quatre manuscrits inédits (Nasiriyyin XV – XX ème siècle).

L'esprit et non la totalité de cette recherche a fait l'objet d'une publication sous le titre : Le sud-est Marocain, réflexion sur l'occupation et l'organisation des espaces sociaux et politiques, le cas du Dades .

La thématique générale se préoccupe essentiellement d'une sorte de voyage dans une région peu prospectée Dads entre l'organisation dite souvent fois traditionnelle et la domination coloniale avec tous ses aspects manifestement pervers et destructeurs de ses mêmes structures. La dimension du temps que cette étude prospecte se situe entre le XIX ème et le XX ème siècle, mais elle remonte au-delà du temps prescrit dans le but de mieux comprendre la configuration actuelle de cette région dont la spécificité n'est plus à démontrer.

La problématique que nous voulons traiter dans cette contribution est la suivante : Comment cette région a été occupée durant son histoire et comment ces espaces ont été organisés en termes de structures sociales, politiques et économiques avant et durant la pénétration coloniale ? Comment ces structures ont évolué dans le temps et quels sont les agents de la métamorphose les plus récurrents ?

En d'autres termes, il s'agit in fine de montrer et de démontrer que ces sociétés avaient une organisation sociale, politique et économique. Elle est riche, novatrice, pragmatique, adaptée aux réalités de ces communautés, efficace et efficiente.

Il est évident qu'en termes d'organisation sociale dite « traditionnelle », nous remontons aussi loin que les sources, notamment documentaires, le permettaient. L'accent sera mis sur la région de Dads avec toutefois, des renvois et des éclairages sur les régions voisines notamment celles de Dra, Tdaght, Tafilalt. Ces éclairages permettent de mieux comprendre l'essentiel de ces structures sociales et du peuplement de cette région.

L'analyse de cette partie se fera donc sur la base de :
La tradition orale
Les sources documentaires dont nous connaissons les limites.

Nous dégagerons au niveau de cette version orale les deux temps :
Le temps mythique et
Le temps historique que nous analyserons, bien entendu, en détail.

Quant aux sources « documentaires », nous savons tous qu'elles sont disparates, peu nombreuses et généralement discontinues. Pour pallier cette insuffisance, nous avons été amenés à compulser différents écrits touchant à plusieurs rubriques de cette littérature.

En termes d'organisation sociale « traditionnelle » de ces espaces, nous donnerons la priorité aux sources locales : manuscrits de familles dont nous traiterons les aspects qui leur sont propres. Nous tenterons aussi de montrer les grandes structures : tribus, confédérations, village, terroir agricole, différents accords au niveau du village, entre villages, désignation des imgharen, partage des eaux ainsi que tous les systèmes de la gouvernance locale.

Le deuxième volet de cette recherche sera axé sur la domination coloniale dans ses principales particularités : la politique coloniale, les incursions du Glaoui, les prospections coloniales, les contraintes de l'époque, l'avancée de la domination coloniale, « pacification » et les guerres de Bu Gafer et de Baddu.

La littérature coloniale et certaines archives diplomatiques et militaires (Ministère Français des Affaires Etrangères et Château de Vincennes notamment) nous permettent d'avoir une meilleure visibilité sur l'occupation coloniale de cette région en termes de stratégie et du processus de cette occupation faite à moindre coût grâce au bouclier que fut le Glaoui.

Avec cette domination, nous tenterons de montrer comment le Dads a été organisé sur le plan de la gouvernance coloniale. Et pour ce faire, nous utiliserons une série de petits manuscrits de première main qui révèlent la substance de cette politique coloniale.

En fait, il s'agit de montrer la corrélation qui existe entre les structures sociales qui prédominaient à l'époque et la domination coloniale et voir comment, elles avaient facilité cette domination qui, in fine, avaient permis de les anéantir et de les vider de toute leur substance la plus caractéristique.

Cette étude s'articulera autour de quatre grandes parties dont nous analyserons les principaux aspects qui en font l'ossature.

Dans une première partie, nous tenterons autant que possible d'analyser les principales sources ayant servi de corpus à cette investigation. Il s'agit  d'abord des sources documentaires générales ayant inspiré certaines études et monographies des régions marocaines : elles sont en relation avec les aspects qui touchent les principales composantes de la recherche en sciences sociales, notamment, les descriptions géographiques, les chroniques et annales, les ouvrages de généalogies, les ouvrages biographiques, la littérature coloniale et certaines archives diplomatiques et militaires ainsi que la recherche contemporaine.

Dans la deuxième partie, nous traiterons de l'organisation sociale qui prédominait dans ces collectivités villageoises du sud-est marocain et spécialement dans la région du Dads. Pour ce faire, il est nécessaire de prospecter le pays, le nom, l'espace géographique et humain à travers les sources bibliographiques et la version orale dans sa dimension mythique et historique.

Il s'agit dans ce chapitre de dégager à travers son discours les aspects idéologiques et mythiques dont le but était la légitimation de l'occupation des espaces. La tradition orale colportée à travers les âges, les généalogies sont souvent ses instruments privilégiés.

Ensuite, pour annihiler les fondements de cette tradition, nous avons procédé à en dégager le temps historique, les indices à travers toute la littérature que nous avions précédemment évoquée.

Ceci nous a permis d'élaborer avec toutes les difficultés habituelles ce que nous avons appelé le processus de l'occupation de l'espace. Le but étant de chercher à tenter de reconstruire cette sédimentation qui caractérise cette région en particulier et ce qui lui donne ce caractère très hiérarchisé et souvent compartimenté.

Dans ce domaine, nous nous intéresserons à igherm, le village, en tant que cellule de base conservatrice des traditions locales, une unité politique, sociale et économique et, pour ce faire, nous prendrons des cas spécifiques qui sont en relation avec ce postulat. Le village sera analysé dans son cadre, ses composantes et ses rapports intra et extra muros.

Cette analyse nous amènera, dans une troisième partie, à prospecter l'aspect que nous considérons essentiel, celui de la gouvernance locale dite traditionnelle qui a prévalu avant la domination coloniale. Cette gouvernance s'articulera autour de plusieurs acteurs : ljma't, amghar dans ses différentes formes, les alliances, les différents accords, l'ilm, ameksa, talb ainsi que les différentes règles de  droit que cette société ait produites pour assurer son existence et sa pérennité.

Bien sûr, l'intervention du pouvoir central (le Makhzen) ne sera pas un acteur absent des enjeux qui se trament dans cette périphérie. Il fera ses apparitions ici et là par une présence subsidiaire en nommant par dahirs ses représentants dans les limites de son vouloir et de son pouvoir.

Dans une dernière partie, nous traiterons de la domination coloniale dans ses aspects les plus saillants et les plus caractéristiques. Il s'agit de montrer les phases de l'occupation coloniale dans ses conquêtes, ses avancées, ses intrigues et sa stratégie avant de clore par ces grandes guerres de Bu Gafer et de Baddu qui ont stabilisé l'occupation et la domination coloniale sur toute la région. Il est important de souligner les enjeux de ces guerres qui avaient marqué la « pacification » de cette région et dont les conséquences sont énormes dans le domaine des organisations de ces collectivités villageoises et, partant, de la nouvelle organisation. Celle-ci s'appuie sur de nouveaux acteurs qui changent de noms et autour desquels se meut une nouvelle organisation qui tourne le dos à l'ancienne, plus pragmatique qui se préoccupait plus des contraintes du milieu et de ses aléas.

Enfin, nous tenterons de montrer l'évolution des structures à travers le temps en focalisant notre analyse sur les agents de la métamorphose et sur les principales conséquences de cette évolution qui a donné naissance à une continuité certaine de l'organisation coloniale qui marque encore ces espaces du sud-est marocain.

Dans l'annexe, l'on s'attardera sur l'analyse de certaines sources locales que nous avions pu découvrir au cours de nos recherches. Ces sources internes sont d'une intensité remarquable. Elles proviennent de l'intérieur de cette société et n'ont aucune velléité de transcender leur nature et leur intimité, et de là, découle leur importance et leur utilité dans cette quête de la vérité qui caractérise ces sociétés dites traditionnelles.

Dans cette partie, nous aborderons, entre autres, quelques thématiques à travers la documentation locale. Elles ont trait à l'occupation des espaces, aux accords internes et extra villageois, aux différentes charges, aux relations avec le Makhzen, les zawiyya, à la production des règles de droit, en somme à toute cette gouvernance locale qui se démarque ostensiblement de l'organisation coloniale et post coloniale. Il s'agira notamment de Tata, du partage des eaux, de l'entretien des canaux d'irrigation, de la répartition des charges, de la désignation de amghar n useggas (chikh el 'am), de la fixation des règles de droit et pénalités applicables en cas de délit ou de transgression des us et, enfin, des coutumes et des alliances stratégiques entre les différents groupements.

Plusieurs documents montrent cet aspect solidaire et organisé de la société du sud-est. Des états statistiques sur les recensements de la population, des biens, des animaux existent dans plusieurs villages dont le talb faisait alors office de secrétariat. Ces éléments sont importants dans la répartition des charges et des contributions.

L'exploitation de cette documentation particulière s'est faite selon la procédure suivante : copie du document, sa transcription annotée en graphie arabe, sa traduction annotée en français accompagnée si nécessaire de quelques commentaires.

Nous disposons de quelques sept cents manuscrits d'importance inégale. Aussi est-il nécessaire de procéder à des choix souvent arbitraires mais tenant compte de la problématique posée.

L'analyse porte sur un corpus de cent vingt cinq manuscrits de première main.

Transcrits en caractères arabes d'une calligraphie variable, leur exploitation est malaisée pour un chercheur qui ne maîtrise pas la langue amazighe non seulement dans la lettre mais souvent dans l'esprit, aspects soulevés par plusieurs chercheurs usagers de cette documentation. Il est évident donc que leur traduction n'est point de tout repos. Il était nécessaire de réserver tout un chapitre à ce sujet en termes de lexicologie, de formules stéréotypées, de formules toutes faites traduites de l'amazighe et d'emprunts à la langue française. L'écriture est ainsi un espace révélateur ».

« Cette annexe (Tome II) se préoccupe de la présentation du corpus ayant servi à l'élaboration de cette étude en abordant quelques thématiques à travers la documentation locale. Elles sont de plusieurs niveaux et sont classées chronologiquement et par thèmes.

Ces sources internes sont d'une intensité remarquable. Elles proviennent de l'intérieur de cette société et n'ont aucune velléité de transcender leur nature et leur intimité, et de là, découle leur importance et leur utilité dans cette quête de la vérité qui caractérise ces sociétés dites traditionnelles.

Elles ont trait à l'occupation des espaces, aux conventions villageoises et différents accords aussi bien internes qu'entre plusieurs collectivités villageoises, aux relations avec les zawiyya, avec la Makhzen et les autres structures du pouvoir, aux différentes charges ainsi que plusieurs éclairages sur la situation qui prévalait dans le Dads pendant la période prospectée et à la production des règles de droit, en somme, à toute cette gouvernance locale qui se démarque ostensiblement de l'organisation coloniale et post coloniale.

Plusieurs aspects sont ainsi dégagés à travers ces manuscrits inédits et de première main. Il s'agit, notamment, des différentes alliances stratégiques entre les habitants d'un même village et des différents groupements (Tada, lxawa), du partage des eaux, de l'entretien des canaux d'irrigation, de la répartition des charges, de la désignation de amghar n useggas (cikh el 'am), de la fixation des règles de droit et pénalités applicables en cas de délit ou de transgression des us et coutumes, de la désignation et la rétribution de talb ainsi que plusieurs aspects de la vie sociale, politique et économique.

L'étude de ces différents manuscrits permet de mieux appréhender les structures sociales de ces collectivités avant la pénétration coloniale.

Par ailleurs, une série de petits documents nous a été d'une grande utilité pour mieux comprendre toute la politique coloniale dans ses subtilités les moins apparentes et ce à travers les instructions données par les agents du protectorat au différents imgharen (c        hyukh) qui les répercutaient sur les populations par l'entremise des mukallafines en charge de la liaison et la surveillance des populations locales.

Enfin, plusieurs documents montrent le caractère solidaire et organisé de la société du sud-est. Des états statistiques sur les recensements de la population, des biens, des animaux existent dans plusieurs villages dont le talb faisait alors office de secrétariat. Ces éléments sont importants dans la répartition des charges et des contributions.

L'exploitation de cette documentation particulière s'est faite selon la procédure suivante : copie du document, sa transcription annotée en graphie « arabe », sa traduction annotée en français accompagnée, si nécessaire, de quelques commentaires.

Nous disposons de quelques sept cents manuscrits d'importance inégale. Aussi est-il nécessaire de procéder à des choix, souvent arbitraires, mais tenant compte de la problématique posée. L'analyse porte donc sur un corpus de cent vingt cinq manuscrits, objet de cette annexe qui permet in fine de mettre à la disposition des jeunes et moins jeunes chercheurs une documentation susceptible d'être exploitée de façon multidisciplinaire.

Ecrits en caractères arabes d'une calligraphie variable et souvent difficile à déchiffrer, nous avons estimé qu'il était nécessaire de les retranscrire en caractères plus accessibles. Néanmoins, leur exploitation est malaisée pour un chercheur qui ne maîtrise pas la langue amazighe, non seulement dans la lettre, mais souvent dans l'esprit, aspects soulevés par plusieurs chercheurs usagers de cette documentation. Il est évident donc que leur traduction n'est point de tout repos. Il était nécessaire de réserver tout un chapitre à ce sujet, en termes de lexicologie, de formules stéréotypées, de formules toutes faites traduites de l'amazighe et d'emprunts à la langue française. L'écriture est ainsi un espace révélateur ».

Paru chez Phédiprint, Rabat 2004.

 




Auteur: Mohamed EL MANOUAR


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