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Tamazighte: une culture et une civilisation
 
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Amazighité en devenir



Préface
Hassan Aourid

C’était l’été 1996, quand j’avais rencontré Abdelmalek Ousadden, pour la première fois, au bureau de l’avocat et militant amazigh Ahmed Adgherni. Je le connaissais de réputation bien sûr. Toute personne engagée, à l’époque, dans le renouveau amazigh, ne pouvait pas ne pas connaître, ou entendre parler d’Ousadden. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, le Maroc vivait une ferveur conséquente à la nouvelle Constitution que le pays s’apprêtait à adopter. Adgherni s’est fait de la constitutionnalisation de l’amazighité son dada qu’il voulait hic et nunc. Je lui avais posé, à brûle-pourpoint, la question suivante :

Et si vous sollicitiez le roi.

Il marqua un temps d’arrêt comme pour réfléchir et répondit :

On n’y avait pas pensé. A la vérité, nous n’avons pas affaire un régime baathiste, ou un autre à la Kadhafi. Oui, l’idée est bonne. Il n’y a pas de raison de ne pas saisir le roi.
Il rédigea un projet de lettre. Je devais le revoir quand Ousadden débarqua. Je venais de relever, dans la missive promise au roi, quelques incongruités protocolaires qui ne pourraient qu’indisposer les « gardiens du temple » et apporter aux détracteurs de l’amazighité de l’eau au moulin. Ousadden me donna raison, et la lettre fut revue, selon une formule proposée par lui, sans tomber pour autant dans la flagornerie. Elle fut remise au cabinet royal par Adgherni et Ousadden auxquels s’est adjoint Brahim Akhiat.

La lettre n’eut pas de suite. Plus tard, ma voie et celle d’Adgherni devaient diverger, mais c’est une autre affaire. J’ai gardé de cette première entrevue avec Ousadden une forte impression : sa voix de stentor, son français châtié, son sens pragmatique. Il était d’une génération qui n’a pas connu de phase tampon avec son amazighité. De son enfance où sa personnalité a été pétrie, il n’avait à subir un quelconque facteur érosif ou subir un prisme déformant. Il n’avait adhéré à un quelconque parti d’obédience moyen-orientale, ni même à un mouvement de notables. Sa fonction libérale devait le mettre à l’abri des trémoussements que les arcanes de l’administration ou du Makhzen, imposent, même s’il devait subir des brimades pour vouloir parler en amazigh à ses patients berbérophones. Sa pousse amazighe n’a connu que la greffe vivifiante de la culture occidentale qui lui a donné plus de vigueur. On ne peut bien sûr en vouloir, à ceux qui dans des circonstances particulières, avaient épousé l’idéal socialiste, avec son avatar ou sa caricature, c’est selon, le panarabisme. Ce qui est condamnable, c’est qu’ils charrient encore les sédiments de leur ancien parcours. Ils ne donnent, ceux-là, à l’amazighité, que ce qu’ils empruntent à l’arabisme. Une pensée pauvre, des idées décousues, une ossature désarticulée, de l’opportunisme dans le comportement, voire de la goujaterie. On les a vus, tricher, mentir, manigancer, sauter d’une branche à l’autre. Or, le combat pour l’amazighité, faudra-t-il le rappeler, relève de l’éthique. Comment, lorsqu’on a souffert de la négation historique, de l’injustice, se faire le chantre de la magouille et du bricolage idéologique ? C’est regrettable, mais cet infantilisme est inévitable dans toute grande geste.

Ousadden était un pur, par toutes les qualités qui ont fait l’amazigh : sa rationalité, sa sobriété, sa rigueur. Il l’était aussi par les travers qui font l’amazigh : son sens aigu de la liberté qui le rend indomptable, ses coups de gueule aussi, sa témérité qui frise l’inconscience. Ousadden est resté indomptable jusqu’au bout. Cela rend les rapports sociaux, des fois, difficiles, mais qu’importe, au regard d’une idée, d’une cause. Plaire n’est pas forcément le trait saillant des grandes personnes. Ce n’est pas le fait d’être affable, agréable ou accommodant, qui fait l’homme, mais ce sont ses idées, ses convictions, ses principes. Moha Moukhlis qui a mieux connu Ousadden, dit de lui on ne peut plus clair : « Feu Ousadden, est l’incarnation de l’Amazigh qui a choisi, par conviction, de vivre debout. Il appartient à la race des guerriers qui a refusé de porter le masque de la veulerie et de l’hypocrisie. Il a incarné notre espoir, dans un contexte d’hostilité généralisé, anti-amazighe ».

On ne peut mieux dire.

D’autres que moi parleront mieux que je ne pourrais le faire de feu Ousadden. Ils l’ont fait dans ce témoignage. Je garde de lui, cette image, d’un hiver triste, en 2008, quand nous venions d’enterrer un jeune qui promettait et qui nous avait quittés avant l’heure, Omar Chafik, le fils de Mohammed Chafik, le maître incontesté de l’amazighité qui la dota d’outils intellectuels, pour la sortir de la torpeur. Il était le compagnon, depuis la fleur de l’âge, d’Ousadden. Nous étions tous partagés par le chagrin, là à Tabuda, le père, stoïque mais durement affecté, avait préféré ne pas nous accompagner là où Omar repose pour l’éternité à côté de sa mère. C’est cette image où je m’étais vu en train de présenter les condoléances à Abdelmalek Ousadden, faute de la présence du père, qui resta gravée dans mon esprit. Il était assis sur une chaise, agrippé à une canne. Le silence nous enveloppait. On avait, comme dans un creuset, fondu dans le deuil. Et c’est cette épreuve que j’excipe pour préfacer cet ouvrage.
Mais Mohamed El Manouar ne parle pas que de l’homme. Il est, certes, fortement présent, parce que El Manouar qui s’est fait l’historiographe de l’amazighité, avec sa belle plume, son entrain, son engagement sans faille, l’avait fait parler dans de longues séquences, enregistrées et consignées. Que n’a pas fait, notre El Manouar, pour rendre justice aux petites gens, fixer une mémoire, reconstituer les lambeaux d’un monde évanescent. Tout cela avec ses propres moyens, ses menus moyens. Je ne peux, le connaissant de près, ne pas lui rendre hommage pour le titanesque travail qu’il mène, dans la grande discrétion et le dévouement total. A travers Ousadden, Mohamed El Manouar nous parle aussi et surtout de l’amazighité. Le culte de la personne est chose honnie dans la culture amazighe. Ressasser des faits n’est utile que s’il conforte une idée, que s’il étaie un combat. C’est le but recherché par El Manouar. Venez chers amis, écouter la saga d’un des nôtres, qui comme nous, a refusé de fléchir ou à faire la dance du ventre, a avalé des couleuvres, a subi des avanies, mais comme le cèdre, les intempéries ne faisaient que le renforcer. Le cèdre, n’est-ce-pas là l’image même de l’Amazigh ! Grand, beau, fort. Ni l’hiver, ni l’été, n’affectent sa majesté. Mais notre regretté est un chainon, et je vous invite à prendre le relais. Toute personne qui lit ce témoignage, se trouve en droit de prendre le témoin. Ainsi semble nous parler Mohamed El Manouar.

On n’a plus à rougir de notre amazighité, mais le combat est-il terminé pour autant ?
Une grande idée est un long combat, comme disait Lamartine et Moha Moukhlis nous le rappelle, à travers le legs d’Ousadden. Ecoutons- le :

« Ousadden était convaincu que l’amazighité renaîtra de ses cendres, et continuera l’alternative incontournable qui permettra à notre pays de remettre l’histoire sur ses rails, s’inscrire dans le concert des nations démocratiques, civilisées et respectueuses de la diversité qui est une caractéristique immuable de l’amazighité. »

Après tout un combat pour répondre à la question : qui sommes-nous, le temps n’est-il pas arrivé pour poser une autre question, que voulons-nous devenir ? Etre moderne sûrement, et là se profile une autre question : quels sont les moyens pour y parvenir ? Vaste programme, mais je me hasarde, dans ce petit espace, d’apporter un petit bout : créer un homme nouveau fidèle à l’idéal grec, où le corps sain accompagne l’esprit sain. On sait qu’on n’y parvient que par l’éducation. Oui l’éducation est une transformation et une discipline. Sombrer dans l’atavisme ne peut nous faire avancer. Nous avons tous, habitants de ce pays, une responsabilité pour justement répondre à cet idéal, et je pense que les intellectuels amazighs ont une plus grande responsabilité. En épousant l’idéal grec, l’intellectuel amazigh ne se réconcilie-t-il pas avec lui même ?

Ousadden est-il mort ? Il repose, et comme l’a si bien dit Mohamed El Manouar, il gît ici dans cette terre amazighe où le temps semble s’arrêter …pour un moment. Il ressuscite dans le cœur de ceux qui l’aiment, et de ceux qui continuent le combat. Ali Bougrine nous le rappelle. Oui, le combat continue. En avant, frères et sœurs !

Rabat le 2 octobre 2014




Auteur: Hassan Aourid


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